Aux frontières du réel

8th Wonderland est le premier pays virtuel au monde. Il est composé d’individus de différentes nationalités, religions et professions, tous déçus par leurs gouvernements et les idéaux politiques modernes. À chaque semaine, la « population  », toujours croissante, se réunit sur le « forum-État  » qu’est 8th Wonderland afin de débattre et entreprendre des actions (toutes soumises à un référendum) qui visent à faire réfléchir « le monde extérieur  ». Que ce soit d’installer des distributeurs de condoms dans le Vatican ou bien de kidnapper une star du football pour qu’elle fabrique elle-même sa paire de chaussure au côté des enfants ouvriers d’un pays d’Asie, 8th Wonderland attire rapidement l’attention des médias et des dirigeants politiques. Tout s’amorce bien pour la société virtuelle jusqu’à ce que des actions soient davantage réactionnaires et qu’un individu s’attribuant le rôle de « créateur  » de 8th Wonderland apparaisse. Dès lors, le pays cybernétique devient la proie de la lutte anti-terroriste et ses citoyens tentent par tous les moyens de continuer la révolution. Mais, comme l’annonce le slogan du film : « Comment combattre un pays qui n’existe pas?  »

8th Wonderland est un long-métrage écrit et réalisé par les cinéastes français Nicolas Alberny et Jean Mach. En entrevue avec la revue française Divergences, Jean Mach commente : « Le but de 8th Wonderland est de faire passer l’humain avant l’économie, la finance et la politique. Donc de respecter l’humain partout dans le monde et bien sûr de tourner aussi dans toutes les langues.  » Majoritairement en anglais, l’œuvre brosse un portrait plutôt complet du globe avec onze langues qui se partagent l’écran. La présence de toutes ces langues donne un effet plus naturel et authentique à la production. La représentation des politiciens et des médias est précise, et la pertinence des actions sociales rend ce film très plausible et frappant. Chacune des actions entreprises par les cyber-citoyens dans le « monde extérieur  » donne, inévitablement, le sourire aux lèvres. Bien que certaines paraissent difficiles à exécuter, les deux cinéastes imaginent des stratagèmes qui les rendent très réalistes et tentatrices. D’après les réalisateurs, « c’est assez facile de voir les actions de 8th Wonderland, parce que ce sont des choses qui se passent actuellement et qui nous révoltent assez  ».

Très innovateur, le film se penche sur le pouvoir politique collectif à travers le médium qu’est Internet. L’œuvre cinématographique explore aussi le comportement humain dans une « démocratie participative parfaite  » où la bonne foi se confronte, trop souvent, au despotisme et à la manipulation. Elle anticipe sur le devenir du concept Web 2.0. Au lieu d’entretenir un blogue ou de se réunir dans des forums et discuter, les « citoyens  » de 8th Wonderland sortent de l’anonymat, agissent et militent pour une amélioration de la condition humaine. Le film est une expérience marquante quant à l’engagement politique moderne qui va et vient entre la réalité et le virtuel en extrapolant le potentiel « révolutionnaire  » d’Internet.

À l’époque où « la révolution twitter  » fait ses premiers pas, où Facebook est un instrument social quasi-essentiel et où le « citoyen mondial  » cherche des moyens d’influencer les débats mondiaux, l’engagement social trouve dans 8th Wonderland une nouvelle dimension fort intéressante.

8th Wonderland a remporté le prix du meilleur film international au Festival « Politics on Film  » 2009 de Washington D.C. et au Festival international de film Fantasia 2009 de Montréal. La sortie est prévue en janvier 2010.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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