Le nom d’un pavillon

Hubert Aquin

Le passant qui lit actuellement cet article ne le sait peut-être pas. L’étudiant ou l’employé de l’UQAM qui marche dans ce couloir souterrain en direction d’une salle de cours, de la librairie ou de la cafétéria l’a peut-être oublié. Le nouvel étudiant débarqué du cégep ou de l’étranger ne l’a peut-être pas encore appris. À côté des pavillons Judith-Jasmin, Thérèse-Casgrain et J.-A. De Sève, le pavillon Hubert-Aquin réfère à un nom bien particulier dans l’histoire contemporaine de ce coin d’Amérique.

Qui est Hubert Aquin ? La réponse ne peut être qu’équivoque. Trente ans après sa mort à la symbolique mystérieuse un 15 mars 1977, on se le demande encore. Des thèses et essais sur cet érudit aux mille visages hésitent toujours à lui attribuer une identité précise. Hubert comme le saint patron des chasseurs invoqué par un père catholique féru de chasse. Aquin comme le saint Thomas dont la philosophie imprégnait la pensée de plusieurs professeurs religieux d’avant une Commission Parent. On manque toujours d’espace et de temps pour bien cerner celui qui sut marier fiction et réalité dans une esthétique défiant toutes les étiquettes. Certains le qualifient de plus grand écrivain du Québec. D’autres voient en lui le plus fin esprit indépendantiste alliant art et politique d’une cause. D’autres encore le reconnaîtront comme le plus célèbre révolutionnaire intranquille d’une modernité collective voyant le jour dans les années soixante du vingtième siècle.

Qui est caché derrière le pavillon Hubert-Aquin ? Les curieux peuvent maintenant s’en informer à partir d’un encadré commémoratif posé sur un mur de la bibliothèque centrale de l’UQAM cet été. On y apprend qu’il fut aussi professeur de littérature en cette université dès la première année de sa fondation en 1969, et que l’édifice construit dans la deuxième moitié des années 70 fut éventuellement nommé en son honneur après consultation auprès de la communauté universitaire.

Pourquoi un pavillon Hubert-Aquin ? Les lecteurs admirateurs et les spécialistes littéraires de son œuvre, si on ne parle pas aussi de disciples intellectuels et militants politiques, connaissent trop bien la réponse. Leur question à eux : pourquoi un seul pavillon Hubert-Aquin au Québec ? Oui, un uqamien averti en vaut deux et un agent double aquinien plusieurs : pénétrer le pavillon central de cette université francophone au centre d’une métropole nord-américaine marginale d’un pays qui n’est pas un pays… c’est aussi pénétrer le repaire secret du spectre d’un écrivain maudit à l’écriture bénie des dieux.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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