Mémoires d’une constituyente

Cet été, j’ai participé à un stage, chapeauté par Alternatives, à Uyuni en Bolivie avec la radio de la Federación Regional Única de los Trajabadores Campesinos del Altiplano Sur (FRUTCAS). Tous les stagiaires étaient hébergés dans la même famille. Juste avant de partir, Francisca Mamaní, la mère de notre famille d’accueil, nous a dit : « Vous allez retourner dans votre pays, avec de nouvelles idées et de nouvelles expériences. Vous allez être riches de ce nouveau savoir et j’espère que vous allez partager toutes nos luttes et notre histoire avec les gens de là-bas.  » Voilà un aperçu de ce que j’ai retenu de cette femme très inspirante.

La Bolivie a connu son lot de soulèvements autochtones. En 1781, au moment de se faire écarteler, le héros autochtone Tupac Katari a dit : « Je reviendrai et nous serons des millions  ». Sa prédiction s’est finalement réalisée dans ce pays enclavé d’Amérique du Sud. En 2005, la population a élu le premier président autochtone du pays en la personne d’Evo Morales Ayma. Toutefois, le point culminant de cette lutte a eu lieu le 25 janvier 2009, quand la Nouvelle Constitution Politique de l’État (NCPE) a reçu un appui majoritaire lors du référendum, et que des millions d’autochtones de ce pays ont enfin vu leurs droits reconnus par l’État. Francisca Mamaní a suivi ces changements de très près. En effet, elle a pris part à l’Assemblée constituante en temps que constituyente. Cela signifie qu’elle a été élue afin de représenter le peuple dans la rédaction de la NCPE en 2006 et 2007.

Durant sa jeunesse, elle a connu la discrimination et la dictature. Puisqu’elle était une « femme de pollera  » (jupe portée par les autochtones), elle s’est vu refuser l’accès à l’école et s’est fait laver au kérosène par le professeur. Son père travaillait dans un centre minier où plusieurs incursions de militaires faisaient des prisonniers. Sa jeunesse lui a donné l’énergie et la compréhension nécessaires afin de se battre. Elle s’est donc impliquée dans différentes centrales syndicales.

Elle s’est retrouvée à faire de la politique malgré elle. Peu à peu, en exprimant ses opinions, on lui disait qu’elle faisait de la politique. Après plusieurs mandats à titre de dirigeante dans les centrales syndicales liées à la FRUTCAS, elle a voulu se retirer afin de passer du temps dans sa communauté et s’occuper de sa famille. Toutefois, on lui a donné encore plus de responsabilités et elle s’est finalement impliquée en politique, mais elle voulait faire de la politique de développement et d’appui à la communauté. Elle s’est finalement retrouvée dans un congrès de la FRUTCAS où on l’a élue afin de représenter le MAS (Movimiento Al Socialismo, le parti de Morales) à l’Assemblée constituante.

Francisca a donc changé ses plans et a pris le chemin de Sucre, capitale constitutionnelle. Au début, elle a travaillé sur le statut de l’Assemblée, afin d’énumérer les devoirs des constituyentes et d’organiser la NCPE en séparant les thèmes en différentes commissions. Par la suite ont eu lieu différentes rencontres territoriales afin de connaître les différentes préoccupations du peuple. Puis, le travail en commission a débuté. Francisca faisait partie de la commission des ressources hydriques avec d’autres collègues du MAS ainsi que des représentants du PODEMOS (parti de droite). Les discussions étaient très fortes et les journées de travail extrêmement longues. De plus, les femmes d’origine autochtone comme Francisca devaient faire face à beaucoup de discrimination venant de la droite, qui disait que c’était illégal pour des femmes comme elles de participer à ce processus, n’ayant pas d’éducation ni de diplôme.

Elle a réussi à passer outre ces commentaires et à terminer son travail à l’Assemblée. Elle brandit sa constitution avec fierté : « Il y a plusieurs grandes avancées dans la NCPE, comme le fait qu’elle reconnaît la Bolivie comme un État plurinational et par ce fait, toutes les classes de personnes. Aussi, le droit des femmes est mis de l’avant, ce qui permet maintenant le droit à la terre pour une femme. Puis, le respect de nos ressources naturelles est garanti. Finalement, nous avons quatre pouvoirs pour organiser la politique, soit le législatif, l’exécutif, le judiciaire et l’électoral, ce qui est important pour avoir un État fort.  »

La lutte n’est pas terminée, loin de là. Le plus difficile reste à faire, qui est de mettre en œuvre la NCPE. Francisca croit que la prochaine étape consiste en la réélection de Morales afin de garder un gouvernement qui dirige selon l’esprit de la NCPE et qui va de l’avant. Plusieurs mouvements sociaux boliviens sont d’ailleurs en campagne électorale, appuyant le compañero Morales pour les élections du 6 décembre prochain.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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