Sur le rythme du rap présidentiel

Ali Bongo, nouveau président du Gabon

Le 30 août 2009 ont eu lieu des élections au Gabon pour élire un nouveau président suite au décès d’Omar Bongo Ondimba, président de cette république africaine pendant 42 ans. C’est son fils, Ali Bongo Ondimba, qui a remporté l’élection avec 41,7% des voix lors de l’unique tour de scrutin. Selon Gaboneco.com, les 300 observateurs politiques, venus essentiellement de l’Union Africaine, de l’Organisation de la Conférence Islamique et de la Francophonie, « se sont tous accordés à dire que le scrutin s’était déroulé sans anicroches, dans le respect de la démocratie et de la transparence  ».

La campagne électorale a été axée sur la situation économique de la population gabonaise et le changement que les politiciens en lice pouvaient amener. Les promesses électorales de Bongo ont été d’assurer une meilleure éducation, plus de soins de santé et plus de maisons. Bien que Bongo ait été ministre des Affaires étrangères de 1989 à 1991 et ministre de la Défense de 1999 à 2009, il était perçu, d’après Mohammed Adow, un reporter pour la chaîne de télévision Al-Jazeera, comme « un enfant gâté et une star du hip-hop  ». Avec raison, puisque Ali B a fait une « apparition surprise  » lors d’un festival hip-hop dans lequel, par l’intermédiaire du rap, il a encouragé les jeunes à voter : « Toi et moi on va faire tout ensemble. Tu veux changer le pays, on va le faire ensemble.  » Bongo s’est aussi fortement inspiré de la campagne politique du président américain, Barack Obama, pour attirer le vote des jeunes citoyens. Le site presidentdugabon.com est une copie conforme du site barackobama.com. Son slogan : « Agir ensemble  ». L’opposition, quant à elle, n’avait pas les moyens financiers de Bongo et n’a pas fait front commun contre lui.

L’élection est aujourd’hui contestée par deux candidats, le chef de l’opposition, Pierre Mamboundou, et un ancien ministre de l’Intérieur, André Mba Obame. Ils ont qualifié les élections de « truquées dès le début  ». Obame est allé jusqu’à dire à l’Agence France-Presse (AFP) que c’était « un coup d’État électoral  ». À Libreville, la capitale du pays, l’opposition de Mamboundou a fait des sit-in près du siège de la commission électorale et a tenu plusieurs manifestations qui ont toutes été dispersées violemment par la police et l’armée. Les autorités de Libreville ont instauré un couvre-feu et une partie de la population s’est déplacée dans des zones éloignées afin d’éviter les clashs. À Port-Gentil, la deuxième ville du Gabon, des citoyens mécontents ont attaqué une prison et ainsi libéré quelques détenus. Ils ont aussi mis le feu au consulat de France, prétextant qu’ils étaient « complices d’Ali Bongo  ». Au Sénégal, des étudiants gabonais de l’Université de Dakar ont mis le feu à l’ambassade du Gabon en signe de protestation.

La France, qui possède beaucoup d’intérêts économique au Gabon, n’a pas condamné les violences au Gabon. Nicolas Sarkozy, le président français, était présent aux funérailles d’Omar Bongo en juin. Robert Bourgi, le conseiller de Sarkozy pour les relations avec l’Afrique, a ouvertement soutenu Ali Bongo dans une entrevue qu’il a accordé au journal français Le Monde : « Au Gabon, la France n’a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c’est Ali Bongo. Or, je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l’électeur le comprendra.  » Lors des violences à Port-Gentil, le Secrétaire d’État chargé de la coopération et la francophonie, Alain Joyandet, a assuré à l’AFP que « la France [avait] pris les mesures nécessaires pour protéger la vie de ses citoyens  ». Bernard Kourchner, le ministre français des Affaires étrangères, a nié toute implication de la France dans l’élection de Bongo et a affirmé « que Paris accepterait les résultats des votes en dépit des dénonciations de l’opposition  ». Face à toutes ces violences, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a lancé un appel au calme, tout comme Bongo en affirmant « être le président de tous les Gabonais et Gabonaises  ».

Le Gabon est le quatrième pays exportateur de pétrole d’Afrique sub-saharienne, le troisième exportateur mondial de manganèse et le deuxième pays africain exportateur de bois. L’Indice de développement humain est moyen, mais environ 60% la population gabonaise vit sous le seuil de la pauvreté. Les analystes politiques gabonais s’accordent sur le fait que le président aura comme tâche de diversifier l’économie du Gabon. La population gabonaise, elle, s’accorde sur le fait que le président, bien que rappeur, devra partager la richesse du Gabon entre tous les Gabonais et non seulement la chanter.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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