Un forum social montréalais?

Belém, Nairobi, Caracas, Bamako. Voilà les villes qui ont accueilli les dernières éditions du Forum Social Mondial. La tradition veut que le rendez-vous annuel des altermondialistes ait lieu chaque fois dans une ville différente. Le Forum Social Québécois, une version bien de chez nous du Forum Social Mondial, se dissocie sur ce point de son grand frère. Le FSQ, qui a célébré sa deuxième année d’existence en octobre, s’est tenu à Montréal…encore une fois.

Montréal n’était pas la seule ville intéressée à recevoir le FSQ cette année. Le collectif Forum Social Régional 02 avait également proposé Saguenay pour l’édition de 2009. L’assemblée générale du FSQ a dû trancher entre les deux villes le 15 novembre 2008. Après délibération, Saguenay a récolté 10 voix, contre 19 pour la métropole.

Le verdict de l’assemblée générale n’a pas beaucoup surpris le responsable aux communications externes du FSR02, Réjean Godin. Celui qui a eu l’initiative de présenter la candidature de Saguenay déplore la concentration des événements sociopolitiques à Montréal et croit que le FSQ aurait eu avantage à sortir de l’île. « À Montréal, les gens sont déjà conscientisés, déjà impliqués, explique-t-il. Ce n’est pas le cas en région. Tenir le FSQ à Saguenay aurait permis d’attirer beaucoup de monde, de créer un engouement dans la région.  »

La question de la distance a évidemment pesé lourd dans les considérations de l’assemblée générale. « Le principe de vouloir aller en région, c’est super, mais dans la réalité le vrai problème est que le Saguenay, c’est loin  », s’était exclamé un membre de l’assemblée lors des débats. L’importance de consolider le FSQ par une affluence supérieure à celle de l’année passée a été mentionnée à répétition. La cible des 6000 visiteurs paraissait difficilement atteignable avec un FSQ à l’extérieur de Montréal.

Les membres du FSR02 étaient conscients de cette problématique. Ils ont assuré que, si Saguenay était choisie comme ville hôte du FSQ, des autobus seraient affrétés et un système de covoiturage serait mis en place pour permettre au plus grand nombre de personnes de participer au Forum. Réjean Godin insiste que ce n’est pas la distance qui constitue un problème, mais plutôt l’intérêt qu’on y porte. Il constate que les citadins ont souvent des réticences à quitter leur ville pour aller en région. « Pour quelqu’un du Saguenay, aller à Montréal, ce n’est pas loin, mais pour quelqu’un de Montréal, aller au Saguenay, c’est loin  », lance-t-il.

Et la méthode de vote de l’assemblée générale du FSQ n’a pas joué en faveur de Saguenay, selon Réjean Godin. « Au FSQ, ce sont les représentants d’organismes qui votent, remarque-t-il. Le fait que la plupart de ces organismes [aient] leur siège social situé à Montréal pèse forcément dans la balance.  »

Pierre Beaudet, du Collectif d’Analyse Politique, était présent lors de l’assemblée générale du 15 novembre. Il se défend de remettre sur la table les vieilles rivalités qui opposent Montréal et le reste du Québec. « Il n’est pas question ici du débat entre Montréal et les régions, mais d’organiser un Forum fort, rassembleur et porteur qui retentisse dans l’opinion publique  », précise-t-il. Pour Pierre Beaudet, l’objectif devait être avant tout d’obtenir la plus grande participation possible, question de « forcer la porte des médias  » et de « clouer le bec à la droite  ». Malgré la proposition du Saguenay qu’il qualifie de « très intéressante  », il soutient qu’en raison de la proximité des grands médias et de son important bassin de population, Montréal était préférable pour le Forum de 2009. « Il est toujours possible de déplacer le FSQ plus tard  », ajoute-t-il.

L’argument de la visibilité ne convainc pas Réjean Godin. « Montréal organise à longueur d’année des gros événements. Le FSQ risque de se perdre au milieu de tout ça.  » Selon lui, le FSQ aurait eu plus d’impact s’il s’était tenu à Saguenay, vu la rareté des événements de ce type en région.

Même son de cloche chez Diane Lamoureux, du groupe D’abord Solidaire, qui a également assisté à l’assemblée générale. « Si on considère l’argument de la population, le Forum ne sortira jamais de Montréal, relève-t-elle. Il faut se positionner autrement : le Forum devrait être un événement national au Québec.  » Diane Lamoureux note qu’il est également important d’inclure les Autochtones dans le Forum, et que sur ce point, Saguenay était mieux positionnée que Montréal.

À propos du FSQ de 2010, Réjean Godin hésite à déposer une nouvelle fois la candidature de Saguenay. « On a mis beaucoup de temps, beaucoup d’énergie pour essayer d’avoir le FSQ. Je ne suis pas sûr qu’on referait toutes ces démarches  », laisse-t-il tomber.

Le FSQ est-il condamné à demeurer à Montréal, ou se déroulera-t-il ailleurs dans les prochaines années ? « Ce sera à l’assemblée générale de décider  », répond un employé permanent du FSQ, Louis-Philippe Lizotte. Il conclut avec philosophie : « À mon avis, le FSQ devrait voyager un peu, mais je ne suis pas l’assemblée générale… »

Cet a paru dans l'édition Octobre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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