Il y a quelque chose qui pue au Terminus Montmorency

Entrée du terminus; photo par Alexandre Claude

Il y eut tout d’abord le cas de cette étudiante de l’UQAM, Bela Kosoian, qui écopa en [mois] dernier de 420$ d’amende pour n’avoir pas pris appui, de sa main, sur l’insalubre rampe noire de l’escalator. Deux imbéciles zélés en uniforme insistèrent alors pour lui passer les menottes et la séquestrer très réglementairement dans une cabine, en vue de lui remettre une copie du procès-verbal. Copie qui a dû lui brûler les doigts, car imprégnée d’une logique toxique tenant de l’arrogance bureaucratique la plus crasse.

Événement isolé provoqué par deux zigotos ou pointe de l’iceberg des méfaits d’une institution étouffante ?

Sans vouloir être égocentrique, je dois bien ici parler de ma propre expérience avec la gestion mentalement attardée de l’AMT. Sans avoir vécu de mésaventure coûteuse à l’instar de Mme Kosoian, les irritants délibérés que ce monstre administratif distribue allègrement méritent réflexion.

Un jour, je débarque du métro avec ma bicyclette; je lui fais monter les escaliers, jusqu’au niveau du terminus proprement dit. Grâce à mon horaire surchargé, je n’ai pas encore soupé; je fais donc une pause-muffin au Café-Dépôt, encastré dans le terminus. Je laisse mon vélo derrière moi, pas trop loin, juste de l’autre côté de la vitre qui me sépare de la voie d’accès au métro.

« Excusez, monsieur, vous ne pouvez pas laisser votre vélo là  », m’apostrophe-t-on.

« Euh  »… fais-je, interloqué. « On n’a plus le droit de vélos dans le métro?  » (car pour moi, « vélo dans le métro  » implique forcément « vélo dans la voie d’accès  ») « De toute façon  », ajouté-je, « je fais juste m’acheter un muffin, et…  »

« Non, désolé monsieur, vous ne pouvez pas; allez attacher votre vélo dehors et revenez.  »

Ouais, c’est clair que je vais me donner ce trouble. Un dépanneur voisin vient de se faire 50¢ de profit, plutôt.

L’autre fois, je dois attendre un autobus un certain temps. Ça tombe bien, j’ai mon portable, je vais avancer dans ma pile de travaux!… Ah, mais merde, ma batterie est à terre. Ah ben non, cool, une prise ! Juste à côté des bancs de l’aire d’attente, en plus ! J’extirpe donc mon ordi et son câble de mon sac, connecte le tout, démarre l’engin… « toc toc toc  ». Une face d’agent à dossard me regarde de l’autre côté de la baie vitrée. Ses mains miment l’acte de libérer la prise de mon câble qui, probablement, l’étouffe ou lui soutire de manière grave, dangereuse ou disproportionnée son énergie. Je commence par répondre avec une grimace d’incompréhension, l’air de lui dire « ben pourquoi des prises là, debord??  »… Puis, évidemment, je me résigne… mais pas avant de constater, ô frustration, que le réseau Wi-fi « ouvert  » est payant ! (Et à la solde de ce même Café-Dépôt, soit dit en passant.)

Vous me direz qu’il n’y a rien de grave là-dedans. Que c’est pas forcément « super-sympa  », comme ambiance, mais qu’il n’y a pas de quoi en faire un plat. Que Mme Kosoian avait – apparemment, du moins – refusé d’obtempérer à l’ordre du policier [de se tenir à la rampe]. Que l’article 14 du Règlement sur les Normes de comportement des usagers « [interdit] d’appuyer une bicyclette ailleurs que sur les supports prévus à cet effet […]  ». Que l’article 18 du même Règlement « [interdit] de manipuler un bien [une prise électrique?] dont l’usage est réservé exclusivement aux préposés […]  ». Que…

Stop. Vous êtes sûrement, à un niveau ou à un autre, d’accord avec moi que quelque chose tourne carré au nord d’Henri-Bourassa. Qu’à Longueuil, eux, ils ne paient pas plus cher pour leur billet de métro. Que l’AMT aurait pu installer un point de service d’Île-sans-fil le plus facilement du monde. Bref, qu’il y a quelque chose de profondément détestable dans cette portion de la ligne orange. (Si ce n’était que ces gros plans de pelouse boostée à l’engrais chimique, qui garnissent les parois de la station De La Concorde; ou l’omniprésence des casiers jaune pipi emplis de 24h…) Il règne là-bas un esprit malsain comme le gris asphalte qui tapissera uniformément Laval dans un futur proche, si la tendance se maintient.

Tout cela tient probablement d’une espèce de mentalité arriérée, selon laquelle l’ordre doit être maintenu au millimètre près; l’espace public, épuré au maximum; et l’être humain, intrinsèquement fasciné par ce bel ensemble monochrome dans lequel il ne peut que s’intégrer, totalement apathique.

POST-SCRIPTUM : Notre photographe, Alexandre Claude, s’est vu refuser le droit de prendre des photos du terminus. Une autorisation de l’AMT est nécessaire…

Cet a paru dans l'édition Novembre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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