La frousse d’être élu

Guillaume Raymond; photo par Alexandre Claude

Guillaume Raymond ne voulait pas vraiment être élu. Il ne l’a pas été, d’ailleurs. Pourtant, cet étudiant au baccalauréat en relations internationales et droit international, à l’UQAM n’est pas passé si loin du poste de Conseiller d’arrondissement du district de Pointe-aux-Prairies. À quelques jours du scrutin du 1er novembre, des sondages mettaient son parti, Projet Montréal, au coude-à-coude avec ses deux rivaux. Durant ce « flottement  », il est passé malgré lui de « candidat spontané  » à candidat sérieux. C’est durant ces jours mémorables qu’il déclara, d’une voix effarée et pleine de désarroi : « Qu’est-ce que je fais, si je suis élu???  »

Comment t’es-tu tout d’abord intéressé à Projet Montréal ? Comment as-tu été mis en contact?

J’ai pris ma carte de membre au début du printemps 2009, lorsque j’ai entendu parler du fameux contrat des compteurs d’eau. Richard Bergeron avait dénoncé à la police qu’il y avait quelque chose de bizarre avec la manière dont le contrat avait été attribué. J’ai alors pris connaissance du programme et j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de très novateur et de rassembleur dans ce que le parti proposait.

Comment as-tu abouti à la position de candidat dans Pointe-aux-Prairies ?

Est-ce que Projet Montréal a essayé de trouver quelqu’un avec plus d’expérience, ou te voulaient-ils toi, vraiment?

C’est un des candidats de l’arrondissement qui m’a appelé. On s’est parlé un peu et il m’a dit qu’il voulait me rencontrer. Ensuite, je lui ai dit que j’avais seulement 21 ans et que j’étais encore étudiant, et il m’a dit qu’il désirait toujours me rencontrer. Donc je suis allé le voir et on a parlé. Mes idées allaient directement dans le même sens que celles de Projet Montréal (PM). Il a trouvé que j’avais une belle énergie et que j’étais capable de bien présenter le programme, etc.

Combien de temps prévoyais-tu consacrer à la promotion de ta candidature, ou à la promotion du parti ? Combien de temps y as-tu réellement passé?

On m’avait dit que je pourrais donner le temps que je voudrais. J’avais un horaire très chargé déjà avec mes cinq cours d’université et mon emploi à temps partiel. Finalement, pendant le dernier mois avant les élections, j’y ai consacré en moyenne 15 heures par semaine. Je faisais du porte-à-porte, des rencontres avec les candidats, etc.

As-tu, à un certain moment, réellement craint d’être élu ? Quand ? À quels « plans de rechange » as-tu alors songé, dans l’éventualité où tu serais élu?

Nous faisions du porte-à-porte et le taux de sympathisants était très élevé à notre égard. Mais le sondage était biaisé puisque nous étions en même temps candidats et sondeurs. Mais nous sentions tout de même que les gens désiraient du changement et nous croyions que Projet Montréal incarnait ce changement à tous les niveaux. […] Je me suis dit que peu importe si j’étais élu ou non, j’accepterais la décision. Je savais que j’avais les compétences pour le poste et que j’aurais bien rempli mes fonctions. J’aurais fini mon baccalauréat à temps partiel, c’est tout.

Crois-tu que ton implication/ta présence ont eu une répercussion sur les résultats obtenus dans Pointe-aux-Prairies?

Je crois que oui. Les élections municipales, c’est surtout du travail de terrain, du porte-à-porte, etc. Je crois qu’en ayant parlé aux gens pour leur expliquer notre programme et tout ce qu’on voulait apporter aux citoyens, j’ai pu en convaincre plusieurs. L’autre candidate et moi de PM qui nous sommes présentés dans le district Pointe-aux-Prairies [tout à l’Est de l’île] avons obtenu le meilleur score de tout l’arrondissement Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles (24%) et donc nous sommes fiers des résultats.

Que recommandes-tu à d’autres étudiants qui seraient tentés par une expérience similaire?

Je leur recommande d’essayer. C’est une expérience de terrain vraiment enrichissante. C’est parfois bon de se retrouver avec le vrai monde et de voir comment le processus politique marche vraiment, au niveau de la démocratie, du contact avec le citoyen, etc. Les universitaires comme nous, passons beaucoup de temps à réfléchir sur des sujets et des idéaux souvent très théoriques. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi important de véhiculer et de faire circuler ces idées au niveau du citoyen.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires