Le Plan Larouche

Dernièrement, ils ont assiégé le métro Berri et la sortie de l’UQAM. Vous les avez vus, ils vous ont tracté en masse. Dotés d’une superbe pancarte à l’effigie d’un Obama arborant la moustache hitlérienne, ils annoncent une fin atroce (et surtout imminente) pour le monde dans lequel nous vivons.

Ce serait, selon eux, une fin causée par la crise financière : vous savez, celle dont tous prétendent être en rémission, celle de la dernière année ? Leur gourou : Lyndon Larouche premier du nom, homme politique et polémiste américain ayant érigé un plan pour sortir nos voisins du Sud du marasme économique et de la politique du jeune et célèbre Obama. Selon lui, bien qu’il n’ait aucun diplôme en économie, « ceux qui n’abordent pas ce défi [- la crise économique -] comme [il le fait] ne sont pas qualifiés pour régler ces problèmes  ». Puisque la démocratie permet à tous de s’exprimer, voici la totale : un joli topo du rafraîchissant projet. Et bien sûr, la crise est partout, l’état d’urgence est proclamé.

Une révolution financière attendue

À tous ceux qui croyaient que le salut du monde, ou plutôt que le futur du genre humain, reposait sur une réorientation profonde de l’économie et de la consommation, à tous ceux qui croyaient dur comme fer que l’écologisme, la conscience sociale et les théories comme celles de la décroissance avaient du sens : cessez de vivre dans l’illusion!, de rétorquer les Larouchistes. C’est dans leur feuillet informatif distribué à la station de métro Berri au cours des dernières semaines que des centaines de personnes ont appris en quoi consistait en fait la réalité. Selon leur logique, le temps presse et manque pour se préoccuper des questions concernant les emplois verts ou les projets de réorientation de l’économie, autant dire de révolution écologique. Larouche de scander : « Oubliez-les ! Les emplois verts tendront même à disparaître, car ils seront relayés à la périphérie de l’économie.  » En fait, la réelle menace guettant l’homme avec un grand « H  », c’est Obama, puisqu’il ne fait rien pour sortir le monde (principalement les États-Unis) de la crise, le laissant ainsi aller au courant, les yeux bandés, vers le gouffre profond de l’apocalypse.

C’est en totalité sur les États-Unis que repose le fardeau de la crise. En tant que chef mondial, sa chute entraînera inévitablement la mort de l’économie planétaire. Des preuves ? Non. Et si certaines économies se contentaient de se relever pour continuer comme si de rien n’était ? Non ! « Aucune économie ne survivra à l’effondrement des États-Unis.  » D’autant plus que les autres, « dans les conditions actuelles [n’ont] pas la capacité intellectuelle pour s’en sortir. […] Et les Britanniques par-dessus tous; ils n’ont rien de génies.  » Ces propos récurrents dans le texte constituent une sorte de règle formelle, un principe de base qui autorise Lyndon Larouche, le spécialiste de l’économie physique autoproclamé, à sauver le monde avec son plan.

Les muscles des hommes, sources de force physique, seront maintenant transposés à la force nationale : les cols bleus constitueront notre richesse à tous, puisque c’est en eux que le capital réel se trouve. « Les cols blancs et les emplois de service, eux, ne créent pas forcément de richesse réelle.  » Le projet, c’est la reconstruction du système grâce à une économie de base, fondée sur les grands travaux publics et de grands projets d’infrastructure et d’agriculture. Tout cela a bien du sens, lorsqu’on pense, par exemple, à l’intention de Larouche d’« enterrer Keynes pour de bon ». Le feuillet suggère aussi de placer toutes les banques en faillite et ainsi détruire le système monétaire afin d’instaurer un nouveau système mondial, de crédit cette fois, le monétaire étant en voie de disparition. C’est simple : « Tous les résidus de cette procédure, qui ne sont que des titres sans valeur, ne recevront aucune protection et seront livrés à eux-mêmes  ». C’est la seule solution, « soit nous faisons en sorte que [ces] recommandations soient appliquées, ou alors nous cesserons d’exister. Il n’y a aucune raison d’entrer dans d’autres types de discussion!  »

Un système de santé génocidaire

La politique « larouchienne  », toujours libre de confusion intellectuelle, se porte d’ailleurs garante de la population, question de la prévenir contre le nouveau système de santé génocidaire d’Obama qui tenterait, par la mise en place de tribunaux de la mort, d’éradiquer les personnes âgées ainsi que les malades chroniques de la surface de la Terre. Tout cela sans parler de l’inspirante conclusion selon laquelle le projet de réforme du système de santé américain fut adopté grâce à de véreuses méthodes d’intimidation de madame Pelosi, présidente de la chambre des représentants. Il semble impossible que le sujet du suicide assisté n’ait que fait surface aux États-Unis : c’est que la méthode hitlérienne qui procède à l’élimination des faibles ferait sauver de l’argent à Obama qui, par sa vision de l’économie, se trouverait plus d’une affinité avec le Führer du Troisième Reich.

Faits divers : formation et militantisme

Outre les commentaires et les prédictions révoltées qui fusent de tous les fidèles pour tenter d’enfin nous former décemment sur les causes et solutions de la crise financière mondiale et/ou du génocide que prépare Obama, Larouche nous fournit des thèses plus que divertissantes provenant de sites Internet tous très crédibles. Vous vous demanderez alors, incrédule, pourquoi n’étiez-vous pas au courant du contrôle de la reine d’Angleterre, aussi puissante puisse-t-elle être, sur les barons colombiens de la drogue et les groupes mafieux ? Si la constante rigueur méthodologique et analytique du personnage vous impressionne, vous pourrez toujours allègrement assister à une formation gratuite et ainsi commencer le premier jour du reste de votre vie en tant que militant pour le parti Solidarité et Progrès.

Le plaisir commence au : http://www.solidariteetprogres.org/ (d’où proviennent chacune des citations agrémentant le texte).

Cet a paru dans l'édition Novembre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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