Par-delà l’Himalaya

Mahmoud Ahmadinejad et Hu Jintao, présidents iranien et chinois

Même avant le renversement du Shah d’Iran en février 1979, la Chine et l’Iran étaient déjà des partenaires économiques. À l’heure où les sanctions de la communauté internationale s’accentuent, la République populaire y voit de meilleures opportunités.

Rappelons que la communauté internationale sanctionne l’Iran afin de l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire. Lors du 35ième sommet du G8 (Italie, Grande-Bretagne, Allemagne, France, États-Unis, Canada, Japon, Russie) de juin 2009, en Italie, les pays membres ont adopté une position « dure  » contre le régime iranien. La déclaration finale du G8 était un « appel ferme à l’Iran à coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et à se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU)  ». De tous les membres, la Russie était le seul pays à qualifier la « crise iranienne  » « d’interne » et l’approche prise par sanctions « d’erronée  ». Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, affirmait, quant à lui, que la France était l’un des pays « les plus fermes  » à l’égard de la crise iranienne. C’est paradoxal, considérant que les compagnies françaises Peugeot-Citroën et Renault misent sur le marché iranien pour surmonter la crise économique mondiale. Peugeot-Citroën a conclu récemment un accord avec Iran Khodro, l’équivalent persan de Ford aux États-Unis, pour construire 300 000 voitures par an, soit 30 % du marché automobile iranien. Quant à Renault, l’Iran constitue, aux côtés de l’Inde, « l’une des bases de [leur] reconquête du marché mondial  ».

La République populaire de Chine est perçue par l’Iran comme un partenaire commercial et politique idéal. Le « modèle économique chinois  », une croissance économique phénoménale avec une absence (quasi totale) de réformes politiques, est ce qui retient beaucoup l’attention des dirigeants iraniens.

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a récemment déclaré vouloir maintenir une « coopération proche  » avec la République islamique. Déjà, lors des sanctions économiques imposées par Bill Clinton, le président étatsunien de l’époque, en 1995, Beijing en a profité pour renforcer ses liens avec Téhéran. Par exemple, la Chine est le principal investisseur dans la construction du métro de Téhéran. Le projet du métro téhéranais n’est pas nouveau. L’invitation iranienne à la Chine pour la participation à ce projet est annoncée en 1991 lors de la visite de Yang Shangkun, président de l’époque, à Téhéran. La signature du contrat entre les deux pays (d’une valeur de 293 millions de dollars) remonte à 1995. En février 2000, le ministre chinois des Affaires étrangères s’est rendu à Téhéran pour l’inauguration de la première branche de métro. Les investissements dans le champ des énergies fossiles aussi sont importants. Le développement des champs de pétrole et de gaz naturel à Yadavaran, dans l’ouest du pays, est fait par la compagnie chinoise Sinopec, qui détient 51 % des actions de ce projet. L’Iran serait, d’après The Middle East Review of International Affairs (MERIA), le marché étranger le plus important pour la Chine en termes de grands projets et d’exportation de main-d’œuvre. « Environ 120 projets impliquant des sociétés chinoises, pour un total de 6 milliards de dollars, sont actuellement en cours en Iran, alors que des centaines d’autres, portant sur des dizaines de milliards de dollars, seraient en discussion.  »

D’après MERIA, la situation actuelle de l’Iran avantage la Chine. Le fait que les pays occidentaux tels que les États-Unis refusent d’entretenir des relations économiques avec l’Iran ou encore la France qui le « déconseille  » font que la Chine profite de toutes les opportunités de s’immiscer dans l’économie iranienne. Actuellement, les exportations de pétrole vers la Chine comptent pour environ la moitié des revenus iraniens et la République populaire est le deuxième fournisseur en armes de l’Iran… loin derrière la Russie.

Cela dit, les échanges Beijing-Téhéran ne sont pas aussi volumineux que les échanges entre la Chine et l’Union européenne (174 milliards d’euros en 2004), la Chine et les États-Unis (170 milliards de dollars en 2004) ou encore la Chine et le Japon (168 milliards de dollars en 2004). « Beijing est aujourd’hui plus important pour Téhéran que Téhéran ne l’est pour Beijing  ». Par contre, l’importance des exportations iraniennes vers la Chine renforcera leurs relations, augmentant la capacité du régime iranien à obtenir le soutien de la Chine, « non seulement en matière diplomatique, mais aussi peut-être dans les domaines dits sensibles  ».

Cet a paru dans l'édition Novembre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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