Superman, l’anarchiste

La cinématographie moderne est marquée depuis quelques années d’un phénomène révélateur, mais dont la portée passe inaperçue aux yeux de la majorité : les « super-héros ». En effet, de Superman à Batman, l’imagination dans le monde du cinéma ne cesse de donner naissance à de nouveaux justiciers des temps modernes. En plus du fait que ces réalisations connaissent toujours de grands succès auprès du public, elles reflètent dans un silence bruyant le désir inconscient des collectivités. L’imaginaire collectif serait-il à la fois séduit et avide face à ces personnages pour combler un vide social dans lequel on vit ?

Si tel est le cas, le vide serait probablement un vide de justice au sens propre du terme donc un vide de bonheur social. Serait-ce le rejet des forces de l’ordre, plus précisément de l’autorité policière qui est exprimé lorsque Spiderman défie la police et va sauver une demoiselle en péril devenant ainsi l’ennemi Numéro.1 de la police de New York ?

Il s’agirait certainement d’une remise en question de la légitimité et de l’efficacité de la police, puisqu’elle est représentée comme étant complètement inutile et incapable de sauver la population d’un mal éminent. En rejetant les forces de l’ordre et leur légitimité, qui ne représentent d’ailleurs que « le monopole de la violence légitime » tel que cité par le grand Weber, c’est l’État qui est remis en cause.

Parmi les nombreuses responsabilités d’un État, l’obligation de protéger ses citoyens est au centre. La nécessité de l’existence de Superman dans l’imaginaire collectif implique que l’État manque, en partie ou en totalité, à cette obligation. La création d’un héros justicier est une façon de combler ce manquement à la justice et une révélation du rejet implicite de l’autorité suprême décrite comme inutile : l’État.

Malgré le fait que ces personnages soient fictifs, l’imagination extériorise souvent certains aspects d’un sous-moi commun à une société consciente de l’injustice qui la malmènerait, avide de liberté, mais surtout créatrice de sa propre « justice ».

Fait encore plus révélateur : la police est illustrée comme étant le principal obstacle à la réalisation de la justice dans ces films. Serait-ce la conception que les citoyens s’en font en réalité?

Le rejet de l’autorité étatique, l’affirmation de la capacité d’auto-défense sociale à travers l’existence de quelques Supermans et l’illustration du bonheur social apporté par ces derniers…On y voit là des cris pour une société libérée de l’autorité contraignante de l’État ; serait-ce la belle anarchie?

Cet a paru dans l'édition Novembre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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