Rappel et récents développements
Nous étions nombreux et nombreuses, en faisant nos premiers pas automnaux dans l’université, à être offusqué-e-s du « rafraîchissement » des murs du deuxième étage du pavillon Hubert-Aquin. Un mécontentement qui ne fit que grandir lorsque l’on apprit qu’en plus d’avoir procédé (durant l’été, qui plus est) à un saccage de mémoire collective sans avoir consulté les associations étudiantes, l’UQAM avait dépensé plus de 13 000$ pour embaucher un contractant privé chargé d’étendre quelques couches de latex annihilant.
Devant un tel gâchis, des militant-e-s se rencontrèrent pour restituer à cet espace associatif son caractère de champ libre d’expression artistique. Or on apprit bien vite par les Services à la vie étudiante (SVE) que l’UQAM, « désolée » d’avoir réduit à néant une trace significative des mobilisations étudiantes du passé, souhaitait réduire la grogne en élaborant un protocole d’entente pour garantir le statut de libre-expression de ces murs; on alla même jusqu’à offrir de payer le matériel artistique nécessaire à la chose. En novembre dernier, les associations étudiantes et groupes étudiants intéressés se rencontraient donc pour élaborer une position commune en vue de répondre à l’offre de l’administration. Les revendications étudiantes étaient claires : 1) Les murs « libres » doivent le rester; 2) Aucune forme de répression de la part de la sécurité ne sera tolérée contre les gens qui s’expriment sur ces murs; 3) Que des murs adjacents à la « zone étudiante » du deuxième étage du Aquin soient mis à la disposition des étudiant-e-s pour y réaliser des fresques. Quelques jours plus tard, cette position fut présentée aux SVE, qui la reçurent plutôt bien. Il fallait ensuite attendre que la machine uqamienne traite le dossier pour obtenir une quelconque réponse à ces revendications.
Le 17 décembre, les SVE nous confirmaient qu’une rencontre administrative avait bel et bien eu lieu, et que le vice-recteur aux affaires académiques, Robert Proulx, semblait favorable à une entente sur la base de la position étudiante. Or certains services uqamiens (Prévention et sécurité, Communications) exprimèrent quelques « irritants » quant à ces murs. On nous fit comprendre qu’un projet de protocole d’entente était en cours de rédaction puis, plus rien. Ce n’est qu’après avoir fait une « visite » aux SVE à la mi-janvier que l’on apprit que la responsable du dossier aux SVE avait été remplacée, ce qui avait fait traîner le dossier, mais qu’un projet de protocole était toujours à l’ordre du jour. Le 29 janvier dernier, ce projet de protocole d’entente fut présenté à des étudiant-e-s qui le transmirent à l’ensemble des associations étudiantes concernées. Au moment d’écrire ces lignes, une rencontre entre les différentes associations étudiantes concernées était en cours d’organisation.
Le projet d’entente
Le projet de protocole d’entente reprend l’essentiel des revendications étudiantes sur la question, en plus d’y ajouter certains éléments particuliers. Alors que l’UQAM s’engage à signaler visuellement le caractère libre-expressif de ces murs (pour calmer les agent-e-s de sécurité qui savent lire), les associations étudiantes doivent s’engager à couvrir d’éventuels propos discriminatoires. On fut quelque peu surpris d’apprendre que les sommes que l’UQAM souhaitait consentir pour « réparer » son irresponsabilité avaient disparu, et que le protocole d’entente, s’il était adopté, serait en fait un projet-pilote mis à l’essai jusqu’en mai 2011. Quoiqu’il en soit, l’UQAM reconnaissait pour la première fois de manière explicite le caractère de « libre expression » de ces murs ("Gain étudiant!", comme diraient les feuquistes). De plus, la présence de la notion de « communauté universitaire » dans le document permettra, s’il est adopté, de permettre à quiconque qui étudie, travaille, bref vit à l’UQAM de s’exprimer sur ces murs. Qui sait, peut-être que certain-e-s profs s’y laisseront aller pour dénoncer l’entente à rabais qui a mis fin à leur grève…
Quelques éléments demeurent cependant flous : jusqu’où la sécurité respectera-t-elle ce protocole en vertu du règlement no.10 interdisant toute forme de « vandalisme » à l’université? Qu’arrivera-t-il de cette entente après mai 2011 ? Et finalement, quelle sera la position finale de l’UQAM, considérant les divergences entre ses différents secteurs sur le sujet ?
Pour s’entendre?
On peut émettre quelques réserves quant à l’ensemble du processus. Ainsi, des voix dénoncent le caractère concerté, cogéré du processus. Ces murs ont été pris lors des luttes étudiantes du passé : nous n’aurions donc aucune permission à demander à l’université pour les prendre de nouveau. Soit.
Pourtant, le but du processus enclenché n’est pas de demander une quelconque permission à l’UQAM ou d’institutionnaliser associativement le contenu et la forme de ce qui se retrouvera sur ces murs. Il s’agit plutôt de faire cesser la répression de la sécurité, et donc de permettre aux gens d’élaborer leurs œuvres sans avoir peur de se faire emmerder par le zèle des agent-e-s. L’idée est aussi d’éviter d’entrer dans une guerre sans fin avec l’administration (peinture-graffitis-peinture… ad vitam aeternam), dans le but évident de conserver une certaine mémoire des luttes et de se concentrer sur d’autres enjeux plus déterminants. Quoiqu’il en soit, les associations étudiantes devront rapidement se rencontrer sur la question pour permettre l’application effective de leurs revendications. L’UQAM semble très divisée sur la question : différents services, voire même individus, ne s’entendent pas sur la chose, faisant en sorte que la porte ouverte de leur part pourrait se refermer assez vite. Or si un protocole d’entente satisfaisant les revendications étudiantes venait à être signé, le véritable – et magnifique, convenons-en – défi sera de redonner à ces murs l’aura d’art et de luttes qu’ils dégageaient si bien il y a quelques mois.
Commentaires
Asceptisation de l’espace public, va.
Marc