La nouvelle est tombée le 26 janvier, relayée par le site des journalistes du Journal de Montréal, en lock-out depuis maintenant plus d’un an : Danny Villanueva, le désormais célèbre frère de Freddy Villanueva, tué par des policiers en patrouille à Montréal-Nord le 9 août 2008, est menacé d’extradition vers son pays d’origine, le Honduras.
En effet, il a été appelé à comparaître le 27 février devant l’Agence des Services Frontaliers du Canada (ASFC) parce qu’il ne possède pas la citoyenneté canadienne, mais seulement un statut de résident permanent, et qu’il est accusé de « grande criminalité » (port d’armes illégales, tentative de vol, frayer avec des membres des gangs de rue, etc.) La décision sera rendue le 11 mars.
Il n’y a qu’à aller sur le site de Ruefrontenac.com pour constater l’opinion quasi-unanime des internautes qui commentent les articles : « immigré », « criminel », « son frère a payé pour lui », « indésirable », « le renvoyer dans son pays », « truand ». La liste est encore très longue et nous passons sous silence les insultes plus débridées. Les rares commentaires de soutien sont minuscules et vite attaqués par ceux écrivant le prochain. Si ces internautes sont représentatifs de la population québécoise, un constat s’impose : les Québécois sont contents de la fort possible déportation de Danny Villanueva.
Des réponses qui tardent à venir
Or, une question se pose : qu’adviendra-t-il de l’enquête publique si longtemps réclamée, sans son témoin-clé? Obtenue de peine et de misère contre un gouvernement qui refusait de donner suite aux demandes et contre un ministre, M. Jacques Dupuis, qui défendait bec et ongles cette position, cette enquête est dans l’impasse. Initialement prévue pour le 16 février 2009, elle a été reportée quelques fois, reprise ensuite avant d’être à nouveau suspendue le 26 mai 2009 à cause de la famille Villanueva et des jeunes témoins blessés par balles (Denis Meas et Jeffrey Metellus), qui refusaient de participer à l’enquête si le gouvernement ne défrayait pas les coûts de leurs avocats. Les frais des policiers impliqués dans l’altercation, M. Jean-Loup Lapointe et Mme Stéphanie Pilotte, étaient réglés par l’État. Cette situation a été réglée brièvement par le refus du coroner Robert Sansfaçon de poursuivre l’enquête à cause de l’absence des témoins-clé et de la trop grande disparité des moyens entre les deux parties, donnant ici raison à la famille Villanueva et aux jeunes blessés. Cette décision du coroner n’a pas été prise de gaieté de cœur, lui qui avait de prime abord décidé de poursuivre l’enquête malgré leur absence et le tollé que cela soulevait dans les médias. Avec leurs frais d’avocat défrayés par l’État, les témoins-clé ont accepté de reprendre l’enquête, qui s’est remise en branle le 26 octobre 2009. La policière Stéphanie Pilotte a témoigné le 9 décembre devant le coroner. Depuis, très peu de nouvelles nous parviennent dans les principaux médias au sujet de cette affaire.
Et puis, mardi le 26, comme une lettre à la poste, un petit paragraphe dans le journal Métro, et un article plutôt caché sur Cyberpresse : Dany Villanueva sera probablement déporté. Seul Ruefrontenac.com affiche la nouvelle dans ses premières pages. Dany Villanueva sera déporté. Et l’enquête ? Personne n’en dit mot. Personne ne sait. Mais d’ici quelques mois, il y a fort à parier que le jeune Villanueva sera en route forcée vers l’Amérique latine par le premier express venu.
Un quartier problématique
Qu’on se le tienne pour dit : dans des circonstances normales, la déportation imminente de ce jeune ne serait pas une affaire digne de mention. Ses antécédents judiciaires parlent contre lui et son statut toujours précaire aurait dû l’inciter à la prudence, ce qui n’a pas été le cas. L’indignation des internautes lecteurs de Ruefrontenac.com est facilement compréhensible. Il s’est rendu coupable de nombreuses infractions au code pénal et devrait probablement se trouver en prison à l’heure actuelle. Le hic, c’est que sans lui, l’enquête ne débouchera peut-être sur rien de tangible, et cette conclusion devenue possible par la décision de l’ASFC serait une bien triste nouvelle pour le Québec.
En effet, tout le monde se souvient des émeutes déclenchées par la mort de Freddy Villanueva, le jeune frère de Danny. Ce genre de situation ne se produit pas tous les jours au Québec, loin s’en faut, et en général, elles sont attribuables aux victoires du Canadiens de Montréal en séries éliminatoires. Celle-ci était bien différente, elle traduit une réalité bien tangible pour les habitants de l’arrondissement de Montréal-Nord : le revenu par ménage y est un des plus faibles de la ville (35 233$ en 2001, 44 671$ pour Montréal) le quartier est très multiculturel et 40% de la population vivait, en 2001, sous le seuil de faible revenu . Beaucoup de jeunes habitent l’arrondissement, la violence y est fort présente, les gangs de rue et revendeurs en tout genre aussi. Il y a donc un profond malaise dans ce quartier; c’est un endroit qui devra être attentivement examiné pour qu’il puisse parvenir à une meilleure cohésion sociale. Cette enquête ne devait pas poser un jugement de valeur, mais permettre de comprendre ce qui est arrivé, pour que ce genre de chose ne se reproduise jamais.
Policiers sous enquête
Elle devait aussi s’attarder à un autre problème : la gestion des enquêtes concernant des policiers par un autre corps policier. Les collègues ne dénoncent que rarement les collègues, c’est bien connu, surtout lorsque l’on sait que ces mêmes collègues pourraient vous rendre la monnaie de votre pièce à la prochaine bourde. Cela dit, il est aussi fort possible que les policiers aient agi ainsi pour sauver leurs vies face à une menace bien réelle, auquel cas, si cela s’avère juste et prouvé, il n’y aurait plus lieu de s’alarmer. Mais seule une enquête publique peut régler la question. Il sera probablement fatal d’expédier au Diable Vauvert le principal protagoniste des événements. Il y a ici lieu de s’interroger sur la volonté du Fédéral, dans cette affaire, de convoquer Dany Villanueva quatre ans après ses condamnations, en plein cœur d’une enquête fort médiatisée. Mais ça, c’est une autre histoire…
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