La fin d’Info690

Vendredi le 29 janvier dernier, 19h précise, les micros s’éteignaient pour ne plus se rallumer. La fin de la chaîne d’information en continu Info690 était bel et bien confirmée.

Dans le contexte économique actuellement plutôt difficile pour les médias, le cas d’Info690 ne semble constituer qu’une coupure parmi tant d’autres. Après tout, ne laissant au chômage qu’une dizaine d’employés, cette fermeture ne paraît finalement pas si dramatique. Et, bonne nouvelle, la salle de nouvelles de Corus Entertainment qui l’approvisionnait demeurera ouverte. Elle poursuivra ses activités en fournissant les informations aux autres stations FM sous la direction de Corus.

Vu sous cet angle, oui, la fermeture d’Info690 semble plutôt banale et sans grandes conséquences. Mais, nuance, il y a une évidemment une autre perspective à considérer dans ce dossier.

AM et FM… deux cultures

Info690, avant sa fermeture, constituait la toute dernière chaîne parlée francophone sur la bande AM à Montréal. La fin de sa diffusion démontre aussi clairement que cruellement à quelle point la tradition de l’oralité à la radio s’effrite de plus en plus.

Pensons-y un instant, quelle est la référence commune aujourd’hui en termes de radiophonie ? Depuis sa création en 1922, elle résidait sans nul doute en CKAC, la station généraliste par excellence, une des pionnières en Amérique du nord… sur la bande AM.

Depuis les années 1970, la radio a subi un tournant assez radical. Alors qu’elle constituait un moyen extraordinaire d’informer et de communiquer avec la population, qu’elle amenait un sentiment de proximité entre l’animateur et l’auditeur, elle réside aujourd’hui dans la mode de la radio musicale FM. De la musique d’abord et quelques bulletins de nouvelles bien peu exhaustifs ensuite. Voilà ce qui constitue la grande majorité de l’univers radiophonique d’aujourd’hui.

L’information, pas viable?

Le propriétaire, Corus Entertainment, fermant par la même occasion la station anglophone AM940 Montreal’s Greatest Hits, estime que les deux chaînes montréalaises lui ont fait perdre plusieurs millions de dollars depuis les huit dernières années. Or, cela signifie qu’Info690, née en décembre 1999 d’abord sous l’égide de Métromédia CMR, n’a pas été rentable pour la quasi-totalité de sa courte vie.

L’information n’a plus la cote, elle n’est pas viable. Voilà finalement ce que dit Corus à mots couverts en mettant la clef dans la porte d’Info690 pour mieux se consacrer à ses chaînes FM. Pourtant, l’information… n’est-elle pas au cœur du fonctionnement de notre société, de notre démocratie ? Les médias jouant ce rôle essentiel de transmission, d’analyse et de critique de l’actualité frappent aujourd’hui un mur. Ce mur, c’est l’intérêt marchand qui l’érige.

Rétablir l’équilibre

La radio étant un médium extraordinaire pour rejoindre les gens, on constate aujourd’hui qu’elle n’est pas plus à l’abri des coupures que ne le sont les autres médias. Une action est nécessaire !

Pourquoi un média, étant à la base un service aux citoyens, devrait-il nécessairement rechercher le profit ? Et comment mettre fin à cette culture marchande qui s’est installée il y a trop longtemps ? Voilà le dilemme qui anime les médias de nos jours. Financée à 98% par la publicité, la radio est nécessairement à la merci du marché des annonceurs et des cotes d’écoutes. Il faut la libérer de cette pression de « vente  » en diversifiant ses moyens de financement. Cette solution n’est pas miraculeuse, mais elle ne pourrait pas faire de tort.

D’autre part, cette dépendance envers la publicité entraîne nécessairement des répercussions sur le contenu proposé par ces radios qui cherchent d’abord à « vendre  » leurs émissions. En dépit de vouloir être à la tête des radios FM dites commerciales, n’est-ce pas la moindre des choses que de demander une plus grande diversité de l’offre radiophonique ? À ce jour, il ne reste plus que deux chaînes de radio parlée, à Montréal. Deux. La Première Chaîne de Radio-Canada, ainsi que le 98.5 FM, propriété de Corus. Seulement deux chaînes qui accordent la majorité de leur temps d’antenne à l’information sous différentes formes. En contrepartie, combien existe-il de chaînes de radio qui adoptent le profil de la radio musicale commerciale ?

La radio n’est pas le seul média à avoir aujourd’hui de sérieux problèmes. Toutefois, elle constitue un excellent exemple du déséquilibre auquel ils font face, autant au niveau de leur financement que de leur contenu.

Cet a paru dans l'édition Février 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires

  • Et que dire du « conflit de travail » qui afflige les syndiqués du JdeMtl, alimenté par les cadres sans éthique, les Joseph Facal, Martin Brodeur et autres mous insensibles aux problèmes aigus de l’information journalistique.

    Marc