«L’Afesped devra exister, malheureusement.»

Renaud Poirier St-Pierre, ex-coordonnateur général de l’Afesped

Renaud Poirier St-Pierre évoque diverses raisons pour expliquer son départ de l’AFESPED. Outre l’échec du comité de la Charte, il soulève le dogmatisme des membres de l’association et du mouvement étudiant en général. De plus, il critique le militantisme en place à l’UQAM, le qualifiant de « militantisme de loisir  ». Voici, intégralement, une entrevue réalisée avec M. Poirier St-Pierre. Les propos recueillis font la lumière sur les raisons entourant son départ et sur les problèmes existants à l’AFESPED.

Ton but en devenant coordonnateur général de l’AFESPED était « de mettre sur pied des structures permettant la décentralisation des pouvoirs de l’AFESPED vers les modules  ». Pourquoi ce besoin de décentraliser?

« À la base, il y avait un gros problème au niveau de la faculté. La communauté «afespedienne » n’a pas été capable de rien faire depuis plusieurs années. Aucun dossier n’avançait étant donné que l’AFESPED était simplement une structure administrative. Ce qu’elle faisait, c’était soit être à cheval d’une autre association facultaire « uqamienne  », ou tout simplement administrer les dossiers courants. Elle était à cheval des autres associations, parce que son assemblée générale était totalement dysfonctionnelle. Il existait une séparation entre les membres des associations modulaires, soit de l’AED (Association des étudiants en droit), de l’ABICEP (Association modulaire des baccalauréats interdisciplinaires des champs d’études en science politique) et de l’AEMSP (Association des étudiants du module de science politique) qui allaient chacune vers une direction différente. Les exécutants ne savaient plus où donner de la tête. Tout ce qui fonctionnait était la gestion des dossiers courants, et ce que l’AFESPED a réalisé au niveau académique était très bien.

Nous nous sommes donc dit que pour régler ce problème, il fallait décentraliser l’AFESPED, c’est-à-dire déléguer plus de pouvoirs aux modules. L’an passé, la plupart des personnes impliquées dans les associations modulaires se disaient prêtes à prendre ces nouveaux pouvoirs. Ils venaient de vivre une guerre entre eux et ils semblaient prêts à aller de l’avant avec cette idée.

Or, rendu au début de la nouvelle année universitaire, tout le monde a changé son fusil d’épaule. Certains, uniquement par peur du nouveau. D’autres ont refusé de voir la réalité. Ils ont dit que le modèle était bon, mais qu’il manquait de travail. Pour eux, si la démocratie directe ne fonctionnait pas, c’est parce que nous étions dans un mauvais cycle, mais que les choses allaient revenir à la normale. »

Pour arriver à décentraliser l’AFESPED, ses exécutants ont mis en place le comité de la Charte. Comment cette nouvelle structure fonctionnait-elle?

« C’est un peu drôle, parce que même maintenant, on ne sait pas trop comment ça fonctionne. C’est pourquoi ç’a été un gros échec.

De un, je prends un peu cet échec sur notre dos, celui de l’exécutif dont je faisais partie. Nous avons refusé de mettre des balises strictes au comité. Nous avons dit aux étudiants qu’il y avait un comité et nous les avons invités à y siéger. Toute la structure s’est définie à même le comité.

Nous avons encore senti la division entre les différentes associations modulaires. Nous avons passé une heure à déterminer ce que nous pouvions faire ou ne pas faire. En tant que tel, c’est un comité purement informel dont le but était de rédiger une nouvelle charte.

Mais les étudiants sont sensibles à la notion de démocratie. Les opposants à la décentralisation croient que celle-ci rendrait l’association de moins en moins démocratique. Ce n’était strictement pas le cas. Nous avions un modèle qui ne fonctionnait pas. Nous voulions en créer un nouveau et l’adapter à la situation actuelle. C’est pourquoi nous avions créé ce comité.  »

En quoi les membres de l’AFESPED sont-ils dogmatiques, tel que tu l’as souligné dans ta lettre de démission?

« Le problème est que l’AFESPED a la faculté de tuer ses militants. Les militants qu’on y retrouve sont des anciens de la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec), de l’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante), des gens qui se sont beaucoup impliqués dans le mouvement étudiant, qui ont de l’expérience. Qui dit années d’expérience, dit du vécu. Ils ont tous des rancunes les uns envers les autres. Les autres étudiants qui veulent s’impliquer se disent, je ne viendrai pas ici, c’est la guerre !

Aussitôt que les assemblées générales deviennent de plus en plus émotives, il y a des arguments historiques qui ressortent. Cela fait en sorte qu’on tourne en rond. La plupart des militants qui y sont, on sait qu’ils ne s’aiment pas. Quand il y a un ancien vice-président de la FEUQ qui est là avec ses amis et un ancien coordonnateur général de l’ASSÉ qui est là avec ses amis, c’est normal que les idées se touchent et que l’assemblée ne fonctionne pas. Ce sont souvent des gens qui n’ont pas eu à travailler ensemble, mais les uns contre les autres.

Un autre problème que nous avons, c’est que des militants très actifs ne se gêneront pas pour critiquer d’autres ouvertement, de manière justifiable, étant donné les opinions divergentes. Mais viser quelqu’un personnellement sur des babillards publics, attaquer des gens personnellement par rapport à leurs relations amoureuses, ça montre un manque de maturité du milieu étudiant uqamien. C’est une des choses qui nous a poussés à démissionner, Joëlle, Katherine et moi.

L’AFESPED vit toujours une guerre à retardement. Ça va bien, jusqu’à ce qu’on tombe sur un dossier important. Aussitôt, les deux côtés ont une vision et c’est vraiment dur d’avancer. Le seul moment où ils ont semblé s’entendre, c’est lors de la grève des professeurs l’an passé. Mais cette grève [des étudiants] ne s’est pas faite à l’AFESPED. Elle a été votée dans toutes les associations modulaires. Ça montrait le besoin de décentraliser et de donner plus de pouvoirs aux modules, car ils étaient capables de les prendre. Ils l’ont prouvé.

Et là, un argument est ressorti au comité de la Charte. On a dit que les modules n’étaient pas prêts pour cette décentralisation et étaient débordés. Mais ce sont les modules eux-mêmes qui le demandaient. Quand on est arrivé pour le concrétiser, ce sont les modules qui ont refusé.  »

Tu dis que le militantisme uqamien en est un de loisir. Pourquoi?

« Le militantisme étudiant en général, présentement, est de plus en plus un club social. Oui, on est là, on revendique, on a des idées, parfois très radicales, dans les assemblées générales. Ça parle fort… Mais, quand c’est le temps de passer de la parole aux actes, il n’y a personne dans les manifestations. Les militants ne tiennent pas leur bout. Ceux qui le tiennent sont fâchés du manque d’action et utilisent des moyens d’action moins appropriés.

Il y a des militants aussi qui travaillent vraiment très fort ensemble et ont des oppositions idéologiques à la mienne. Nous sommes quand même contents de travailles ensemble et de faire avancer nos dossiers. Mais les étudiants ne suivent pas. Est-ce que les leaders du mouvement étudiant ont de la misère à s’adapter et à faire passer leur message ? Ou est-on en train de créer des petites sociétés qui gravitent autour des associations étudiantes, tout en laissant un vide, en étant incapables de rejoindre plus de membres ? Donc ça fait des lignes de piquetages à 20-30 personnes et des manifestations à 150 personnes qui ne sont pas efficaces.  »

Est-ce que l’AFESPED est nécessaire?

« L’AFESPED est nécessaire au niveau des dossiers académiques, étant donné que l’UQAM a pris la décision de décentraliser vers les facultés la notion du pouvoir académique. L’AFESPED, ou les instances facultaires [étudiantes], sont nécessaires tant que la facultarisation va exister, pour assurer le suivi de ces dossiers académiques. Pour le reste, les modules sont capables de gérer ça.  »

Existe-t-il des solutions possibles aux déboires de l’AFESPED ? Tes prévisions pour l’avenir?

« Les échecs de l’AFESPED sont reflétés aussi dans l’UQAM et directement dans le mouvement étudiant québécois, l’UQAM étant le tenant fort du ‘‘mouvement étudiant’’. Le problème à l’UQAM est au niveau interfacultaire. Ça a été un mouvement très habile de la direction de s’arranger pour qu’il soit difficile de mettre en place une association centrale regroupant toutes les facultés, dans le but d’avoir un acteur unique face à la direction. En ce moment, l’administration est morte de rire. Elle a juste à prendre les interlocuteurs chacun dans un coin, les convaincre, voir même les acheter avec certaines récompenses – on l’a vu avec certaines facultés – ou voir même les mettre dans une pièce, avec beaucoup de chauffage, et menacer de couper des postes s’ils ne votent pas en faveur d’une augmentation des frais afférents. Ça se fait à l’UQAM.

Si nous étions regroupés au sein d’une même association, on serait beaucoup plus forts. Cependant, tant qu’il n’y aura pas de volonté de créer une association centrale pan-uqamienne, l’AFESPED devra exister, malheureusement.

Pour le moment, ça reste une force d’inertie. Elle traite les mêmes dossiers depuis des années, et malheureusement pour ses membres, rien ne se passe. Et même si ceux-ci ont la volonté de faire avancer les choses, quand de grandes idées se débattent, il y a un choc en assemblée générale et souvent, ça ne donne rien. Et souvent les exécutifs doivent se brûler pendant des semaines afin de convaincre des gens partout. Normalement, les exécutants sont censés être là pour faire avancer des dossiers et non être obligé de négocier avec les modules pour essayer d’adopter un budget. Si ça prend une session adopter un budget, imaginez un plan d’action ! »

Cet a paru dans l'édition Février 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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