Yémen – La Secrétaire d’État Hillary Clinton à la Conférence de Londres sur le Yémen
Nouvelle année, nouvelle cible dans la « lutte au terrorisme ». Cette fois-ci, les États-Unis essayent d’intervenir dans la République du Yémen. Une cible complètement inconnue (donc, parfaite) pour la majeure partie de la population. Voici quelques explications et observations…
Le Yémen a ressurgi dans le paysage médiatique depuis que l’attentat raté de Noël à Detroit, aux États-Unis, a été revendiqué par la cellule d’Al-Qaïda au Yémen. L’importance est telle que Londres a convoqué une conférence. Une vingtaine de pays ont répondu à l’appel. En tête de file, les États-Unis : « L’instabilité au Yémen pose un problème de sécurité nationale pour les États-Unis », a déclaré la Secrétaire d’État Hillary Clinton. Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a déclaré quant à lui que « dans la lutte contre le terrorisme, il est impératif de le combattre à sa source. Dans le cas du Yémen, il y en a une multitude ». En effet, la République est aux prises avec plusieurs « problèmes ». Le premier : l’unité nationale.
Le Yémen a pour une (très) longue partie de son histoire été divisé en deux États. La partie nord, rattachée à l’Empire musulman, puis ottoman, se déclare indépendante en 1918 sous l’imam Yahya Mohammed. En 1926, elle devient le Royaume du Yémen et, en 1962, la République arabe du Yémen. Au sud, les Britanniques s’installent (par la force) à partir de 1832 dans le port d’Aden et annexent peu à peu le territoire pour en faire un protectorat en 1886. En 1967, la colonie du Yémen devient la République démocratique populaire du Yémen, avec tout le communisme qu’un tel nom implique. C’est en mai 1990 que les deux sont unifiés. Il est donc naturel que le pays soit divisé par deux mouvements séparatistes (l’un au Nord et l’autre au Sud) et que l’unité nationale ne soit pas celle que les différents États étrangers « concernés » souhaitent. Donc, lorsqu’Hillary Clinton déclare que « rétablir l’unité nationale au Yémen est urgent » il faut le prendre avec un certain recul…
Les autres problèmes auxquels fait face la république yéménite sont la pauvreté et la corruption. Le Yémen est le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, avec un taux de chômage de près de 40% et très peu de ressources naturelles (pétrole, eau, etc.). La capitale, Sanaa, pourrait être la première au monde à manquer d’eau. Quant au gouvernement, il ne possède pas la légitimité nécessaire pour mobiliser la population en sa faveur, au grand désarroi des gouvernements britannique et étasunien. Les différentes tribus yéménites et le gouvernement central de Sanaa se renvoient la balle tour à tour pour le manque de coopération et d’ouverture. Les actions « violentes et démesurées » prises par le gouvernement face aux mouvements séparatistes en font un « violeur des droits de l’homme » d’après Human Rights Watch. Le déplacement conséquent d’une partie de la population crée une crise avec l’installation de divers camps de réfugiés.
Le président étasunien, Barack Obama, a déclaré ne pas vouloir « introduire » de forces militaires dans le pays, mais a tout de même fait savoir que l’aide militaire au Yémen sera d’une valeur de 140 millions de dollars en 2010. D’après Barbara Bodine, l’ex-ambassadrice étasunienne au Yémen, la solution ne réside pas dans une aide militaire mais plutôt dans une aide à l’État yéménite afin d’accroître sa légitimité et permettre le développement social. « En investissant de la sorte au Yémen, les États-Unis augmentent l’autorité de l’État yéménite mais non sa légitimité ».
Donc, oui, la République du Yémen est en crise et il faut s’attendre à la voir plus souvent à l’écran, mais ce n’est pas encore une État « failli » dont la porte est grande ouverte à une mission étasunienne pour en faire un autre Irak ou un autre Afghanistan. La crise a été décelée à temps – considérant le fait que l’État yéménite n’a que vingt ans d’existence et que les débats se concentrent sur « comment empêcher l’État yéménite de faillir ». L’État ne possède pas le potentiel d’une « grande économie de marché » mais, si la menace yéménite est tellement grande, la communauté internationale (ou même régionale) doit garantir un minimum de développement humain; non seulement pour « lutter contre le terrorisme », mais aussi afin que la population yéménite ait de quoi vivre.
D’autres questions se posent actuellement quant à l’aide des Etats-Unis : sera-t-elle le facteur qui, au lieu d’aider l’État, va accentuer la crise au point de le pousser à la « faillite »? Si on considère justement l’état actuel des choses en Irak et Afghanistan, dans lesquels, au début, tout a été misé sur la sécurité et aucunement sur la capacité de l’État à gérer la situation, il y a de quoi se demander si la forme d’aide est appropriée.
Commentaires
Personne n'a encore commenté cet article.