Pour ceux qui n’ont pas encore totalement saisi, qui espèrent toujours avoir mal entendu à la radio, ou bien encore avoir mal lu dans les journaux, voici une explication sommaire des perturbants relents parvenant aux orifices externes de votre organe olfactif. Comme lors de ces fameux lendemains de veille dignes de vos meilleurs partys de début de session, ça sent l’abus sous le soleil canadien.

Démo[crasse]ie

Prorogation. Le mot même est fait pour rester pris, lors de la prononciation, quelque part dans l’œsophage, de travers dans la gorge. Contrairement à ce que vous vous dites en ce moment, notre ô combien rayonnant Chef conservateur n’a pas pris cette décision en fonction de ses intérêts propres… mais bien pour ceux de tous les Canadiens (sans rire).

En effet, selon Harper, une telle « procédure  » devrait se voir attribuer un caractère annuel, les sessions parlementaires prolongées ne permettant pas au Parlement de faire le point, de revoir ses priorités, de « regarder son agenda et de faire des changements ».

Quel soulagement alors de constater, grâce à d’aussi charmantes explications, que la prorogation du gouvernement n’a pas été adoptée parce qu’elle inspirait à nos représentants officiels certaines manières officieuses d’enterrer, d’étouffer, plus ou moins subtilement, quelques affaires bien vivantes, certains dossiers encore chauds. Les ministres n’ont sans doute aucunement flirté avec l’idée obscène des répercussions possibles d’une telle pratique pornographique de la politique, visant à miner une démocratie faible, constituée d’un gouvernement minoritaire en fait majoritaire, anomalie due à une carence aiguë d’opposants dignes de ce nom.

Vous parlez de leur gestion unilatérale, d’arrogance mortelle pour la Chambre, de méthode de contournement de questions sensibles?… Il serait quand même surprenant que nos élus aient volontairement entrepris de mettre fin aux débats passionnants qu’ont suscités les questions d’environnement et de torture de prisonniers afghans, puisqu’en entrevue, notre parlementaire hors pair a spécifié que de toute manière, cela « ne fait pas partie des priorités de la majorité des Canadiens  ».

Salée, la critique…

Tout de même, certains n’ont pas semblé partager le rafraîchissant point de vue du Premier Ministre. Parmi ces détracteurs se trouve l’illustre magazine The Economist, ayant pourtant auparavant supporté le gouvernement conservateur. Dans un récent éditorial, on y trouvait une cinglante réplique à la prorogation, qui stipule que

« Les ministres canadiens, semble-t-il, forment une bande de Gerald Ford. Tout comme le président américain, qui ne pouvait pas à la fois marcher et mâcher de la gomme, ils ne peuvent apparemment pas gérer les débats au Parlement tout en faisant face aux problèmes économiques du pays et au défi d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver  ».

Le gouvernement s’avère pourtant fougueux et travaillant, malgré les vacances parlementaires et l’absence d’opposition pour entraver ou questionner les décisions, puisque dernièrement, de nombreuses résolutions ont été prises. C’est sans discussion qu’a été adoptée la ligne conductrice pour le futur G-8, ainsi que la manière de gérer l’intervention en Haïti.

Un vice transcendant

Un laxisme patent a pris d’assaut nos décideurs au niveau éthique. Le résultat est pour le moins non satisfaisant hygiéniquement parlant : les trois paliers de gouvernements sembleraient avoir grand besoin d’un ménage de printemps.

Et si nos yeux quittent un moment la haute sphère fédérale, c’est pour se poser sur la petite politique municipale, poisseuse de tous les remous qu’elle a occasionnés dernièrement, pour finir – encore une fois?! – avec le statu quo, les mêmes dirigeants, les mêmes non élégantes et inintéressantes sorties publiques, essoufflant les protestations, étendant le non-sens à l’entièreté du système, débusquant ses faiblesses, son brouillard. Mieux encore, l’acharnement excessif de nos libéraux provinciaux contre la tenue d’une enquête publique sur les derniers scandales impliquant le domaine de la construction, alors que tous – l’opposition, les citoyens, les municipalités et le corps de police montréalais, entre autres – réclament une investigation sérieuse et profonde afin de faire la lumière sur le problème. Notre frisé/permanenté national ne semble pas trouver la chose pertinente et reste d’une complaisance décapante.

Le diagnostic?

Grand temps est venu pour nous de sortir nos vidanges… ou plus précisément de les faire ramasser, parce que là, maintenant, ça sent légèrement les mardis poubelles oubliées en pleine canicule de juillet – et ce, malgré le froid hivernal ! Où sont donc passés nos chers amis de la montagne, armés de gants et d’une quantité importante de nettoyant, afin de nous débarrasser, une fois pour toutes, des détritus, ces immondices dégoutants, infectant présentement le sol pancanadien ? Pour la di(te)gestion, je propose un traitemant choc, notamment un régime bio, libre de toutes intentions perfides, afin de ménager la santé intestinale de notre démocratie bloquée. Avoir recours à un laxatif puissant peut toujours être envisagé, si nécessaire… Et surtout pas de Gravol, parce que c’est magnifique pour les « haut-le-cœur  », mais que ça ne règle pas la question des putrides arômes coupables de leur apparition.

Cet a paru dans l'édition Février 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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