Au Québec, comme dans les autres sociétés libérales, les médias exercent un rôle démocratique primordial. Leur mission ? Informer la population, mais aussi être garants des libertés fondamentales et médiateurs dans le flux d’informations ; analyser l’actualité ; exprimer différents points de vue idéologiques et exercer un contre-pouvoir à la classe politique. Or, les grandes entreprises médiatiques peinent parfois à remplir ce rôle. Les médias alternatifs pallient à ce déficit. Du 15 au 19 mars 2010, la Foire des médias alternatifs se tiendra à l’Agora de l’UQÀM. Réflexions sur l’importance de ces médias parallèles…
La revue Relations identifiait, dans son édition d’octobre-novembre 2008, plus d’une vingtaine de médias alternatifs au Québec, parmi lesquels figurent notamment À bâbord, CHOQ FM, L’aut’journal, L’Itinéraire, Le Couac, Possibles et Relations. Il est difficile de les recenser tous et cette liste n’est pas exhaustive. À ceux-ci s’ajoutent plusieurs périodiques, stations de radio, télévision et sites internet, étudiants ou non, n’appartenant pas aux grands groupes médiatiques. Selon le Centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ), la province compte plus de 300 organismes journalistiques indépendants.
Toutefois, ces derniers sont plus souvent qu’autrement méconnus du grand public. Les médias populaires sont pour la grande majorité affiliés aux grandes propriétés. Ceci engendre un questionnement sur l’éthique journalistique et sur la liberté, si chère, de l’information. Comment le contenu médiatique peut-il être d’une qualité suffisante à l’éducation et à la prise de décision citoyenne lorsqu’il est soumis à des pressions politico-économiques ? Comment un journaliste peut-il respecter l’objectivité et l’équité lorsque le fruit de son travail est vendu en échange des publicités de grandes entreprises qu’il ne peut froisser ? Comment alors, l’information, l’analyse et la chronique peuvent-elles s’exprimer librement ? Les réponses ne sont pas aussi noires qu’on pourrait l’imaginer. Il y a tout de même au Québec, relativement à d’autres sociétés, des journalistes et des organisations qui remplissent très bien leur mission.
Néanmoins, dans le contexte québécois, les médias alternatifs jouent un rôle essentiel. Pierre Dubuc, rédacteur en chef de L’aut’journal, soutient « qu’il y a une grande concentration au Québec, sans doute la plus grande au monde, avec Power Corporation et Quebecor. Il est important qu’il y ait d’autres pensées qui se fassent connaître, sinon, on tombe plutôt dans la pensée unique. »
Le quasi monopole des grands consortiums (quasi ? le seul quotidien indépendant payant demeure Le Devoir) s’accompagne inévitablement d’une uniformisation des contenus. Les médias parallèles sont indispensables à la vivacité de la démocratie au Québec. Ils permettent aux voix absentes des réseaux de masse de s’exprimer et à un éventail plus large d’idéologies, autres que LA voix néolibérale, d’être représentées. Sans ces canaux d’expression marginale, le pluralisme de l’information est bien plus que menacé.
Contrairement aux unités rédactionnelles des grands groupes médiatiques, qui dépendent de certains pouvoirs politico-économiques; les journalistes indépendants promeuvent et sont l’incarnation même d’une plus grande liberté d’expression. À l’instar des médias de masse, chiens de garde de la démocratie, les médias alternatifs ne seraient-ils pas les chiens de garde de la machine médiatique ? Devant la méfiance qui s’installe parfois vis-à-vis le métier de journaliste, ils permettent néanmoins de démontrer qu’une autre éthique est possible.
Toutefois, il est difficile pour ces organismes indépendants et non lucratifs de se financer au Québec. Pierre Dubuc ajoute que « le problème, tient à l’étroitesse de notre marché. Aux États-Unis et en France, il y a de la place pour des journaux plus marginaux. Au Québec, où la population est 10 fois moins nombreuse qu’en France, pour le tirage d’un journal comme Libération, on parle d’environ 10 000 copies. »
À l’ère d’Internet, les médias alternatifs sont plus que jamais accessibles aux citoyens. Certes, ils demeurent souvent dans l’ombre et sont, de facto, inexistants pour la masse. Or, il suffit de s’y intéresser pour constater la richesse de leur contenu et de leur approche sociopolitique. Attention : ils offrent une voie pour s’informer autrement, pour obtenir des points de vue différents et marginalisés, pour connaître l’agenda oublié par les canaux populaires…
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