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Photo : Alexandre Claude

Par un jeudi matin ensoleillé de septembre, premier jour du semestre, un groupe de nouveaux étudiants s’entretient avec le professeur. Celui-ci leur demande ce qui convient à une société politique pour stimuler un débat sain et constructif. Un jeune homme se lève et déclare de manière quasi impérieuse : « Il faut le sens critique et de l’éducation pour tous  ». Jusque-là, rien d’anormal, plutôt convenable, générique diront certains, mais il enchaîne avec un geste de la main : « ce que ces gens n’ont pas  » en pointant vers l’est de Montréal. Il y a un fléau qui envahit toute université dont aucune étiquette idéologique et aucune origine sociale ne peuvent enrayer et c’est celui du mépris. Un mépris non pas entre intellectuels, mais envers le reste de la société, envers cette si aveugle et immobile «  masse  ». Pour certains, il s’agit simplement de la nature humaine à l’œuvre qui ne cherche que le confit avec ce qui lui est étranger. Pour d’autres, c’est une haine justifiée et qui doit être propagée pour stigmatiser l’inculte.

Cela pose d’abord un problème éthique et théorique : si nous avons le privilège d’accéder à une éducation supérieure, est-ce que cela nous autorise à nier la crédibilité et l’intelligence des autres qui ne peuvent en ouir ? Réfléchir sur cette question conduit rapidement à se poser celle des compétences : la physique, objet commun de tous, est pourtant, par la force des choses, le sujet du physicien, mais la société et la politique, toujours aussi universelles, devraient-elles êtres réservées exclusivement au sociologue et au politologue ? Qu’en est-il du mécanicien ou du comptable ? Ont-ils moins de légitimité à discourir sur la société parce que leur profession ne leur demande pas de se pencher sur le monde social ? L’opinion doit-elle absolument être le produit d’une éducation standardisée pour être acceptable ? Si l’on ne peut répondre aisément à ces questions, elles démontrent toutefois la futilité de trancher ce qui est un point de vue valable par la simple notion d’éducation. Car, enfin, peut-être surestimons-nous l’importance et la forme de ce concept, car cela représente notre principal, et pour certains le seul talent, notre seule connaissance pratique du monde ?

En effet, si on ne peut guère altérer la physique; nos modes de vie, de pensée et d’interaction sont certainement malléables et cela a pour conséquence que tous sont concernés par la réalité sociale qui les entourent. Il serait d’une naïveté déconcertante de croire qu’une poignée d’individus ait le droit réservé de réfléchir et d’agir sur le quotidien de tous. Une telle chose ne pourrait jamais reproduire la richesse, la complexité et la profondeur des millions d’interactions journalières qu’on appelle société. Dire et juger qu’un tel groupe, peuple, nation ou la masse n’a pas l’intelligence pour disposer d’eux-mêmes ou de réaliser la vérité « scientifique  » d’une doctrine quelconque, c’est démontrer un détachement incroyable avec la réalité. Le petit récit au début de l’article n’est malheureusement pas faux et le snobisme intellectuel est malheureusement une réalité lourde et honteuse qui parfume nos classes, nos travaux et nos discussions.

Cet a paru dans l'édition Mars 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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