Combat de belles-mères au PQ

L’ex Premier ministre, absent de la scène politique depuis neuf ans, a tenu des propos qualifiés d’« incendiaires » par certains et de « justes  » par d’autres. Plusieurs ont crié au règlement de compte tandis que d’autres ont trouvé la nécessité d’un débat de la sorte. Pour quelles raisons Bouchard s’amène-t-il sur la place publique après une si longue absence ? Certains prévoient un retour en politique ou l’écriture d’un livre, d’autres y voient une mise au point vis-à-vis les propos de Pauline Marois, qui avait traité son frère Gérard d’« Elvis Gratton ». La sortie publique de Lucien Bouchard annonce-t-elle un besoin de réforme politique au Québec?

Porte-drapeau des souverainistes lors du Référendum de 1995, l’ancien chef du PQ n’envisage pas un troisième vote référendaire et va même jusqu’à remettre en question la nécessité de poursuivre la lutte. Cette fois-ci, l’ex chef du PQ semble s’incliner pour de bon devant la souveraineté du Québec. Faisant référence au « beau risque  » de Lévesque en 1984, il appelle ses partisans à mettre le projet en veilleuse. Selon lui, le Québec a déjà suffisamment perdu de batailles et doit se consacrer à résoudre des problèmes bien plus importants, tels que l’éducation, la santé et les finances publiques. François Legault, ex-porte-parole de l’opposition, aurait quitté la scène politique après être arrivé aux mêmes conclusions. Rappelé à l’ordre à l’époque par Marois, il aurait tout de même décidé de quitter en sachant que seule la résolution des finances publiques et du système d’éducation pouvait sauver le bateau péquiste.

Un pion du PLQ?

Bien que plusieurs gouvernements péquistes aient été en mesure de concilier la souveraineté sans négliger la gouvernance de l’État, Bouchard reproche au PQ de ne pas se pencher sur les priorités. Le journaliste et ex-conseiller politique, Jean-François Lisée, écrivait sur son blogue que les rares apparitions de Bouchard ont toujours profité au Parti libéral du Québec ainsi qu’à son chef actuel, Jean Charest. Lisée accuse Lucien Bouchard d’avoir gardé le silence lors de la défaite du PQ, en 2003, et d’avoir fourni le document Le Manifeste Pour un Québec lucide à un moment où Charest était impopulaire. Cette fois-ci, son aide apporterait un support pour clarifier la question de l’identité, restée floue et sans définition claire, depuis la fin de la Commission Bouchard-Taylor, situation dans laquelle Charest semble s’enliser.

Un nouveau parti ?

Le gel du projet souverainiste viendrait-il mettre en péril le Parti québécois ? D’une part, Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, croit que Bouchard est « fatigué  » et qu’il est temps pour lui de faire le don définitif du flambeau souverainiste à Pauline Marois. Certains croient que si le parti se basait uniquement sur son programme actuel, il ne se différencierait pas des autres. Le Parti québécois a été fondé pour répondre à un besoin de révolution sociale d’anciens libéraux, il n’aurait pas de bonnes raisons de se diminuer à être un parti de centre comme les autres partis existants au Québec.

Parallèlement, un parti basé uniquement sur un modèle économique distinct ne ferait pas long feu. Éric Caire, ex-adéquiste et maintenant candidat indépendant, affirme que Bouchard devrait s’approprier le rôle de catalyseur d’un nouveau parti « arc-en-ciel  » de centre-droite. Selon lui, cette fraction politique pourrait être représentée par une coalition des lucides (cosignataires du Manifeste « Pour un Québec lucide  »). Tenant compte de son âge et de ses dires, Bouchard ne voit pas un tel parti malgré la chute de l’ADQ. Le milieu des affaires aurait cependant approché François Legault, ainsi que plusieurs autres lucides, comme Philippe Couillard et Joseph Facal, pour mettre en place un parti du genre. Cependant, il nécessiterait une crise majeure au Parti libéral pour que d’autres grands noms, tels que Line Beauchamp, Nathalie Normandeau ou Clément Gignac, décident de s’allier au mouvement.

Guerre au PQ : radicalisme et manque d’ouverture

Ayant autrefois gouverné avec brio le parti de René Lévesque, Bouchard se plaint maintenant du manque d’ouverture envers les immigrants et du radicalisme du parti. Bernard Landry, ex-Premier ministre, s’est dit choqué qu’un citoyen aussi engagé que Lucien Bouchard commette l’erreur de ne plus croire au rêve souverainiste. Il cite plusieurs exemples d’espoir, tels que le Monténégro et le Kosovo, qui sont parvenus à leurs souverainetés depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Dans la même perspective, Louise Beaudoin, députée de Rosemont et ex-ministre au PQ affirme que Bouchard agit à titre de souverainiste passif. Selon elle, le but de la souveraineté est de défendre les valeurs et l’identité québécoise, citées dans le projet de loi 195 sur l’identité, qui sont l’égalité homme-femme, la laïcité ainsi que la prédominance du français. Toutefois, il ne s’agit pas de son seul rôle puisqu’elle doit faire face à la mondialisation. Le Québec doit pouvoir être représenté à l’étranger dans les divers débats sur l’environnement, la sécurité et la coopération internationale, dans lesquels il est souvent mal représenté ou simplement mis à l’écart. Venant à la rescousse de son parti, Pauline Marois a tenu à expliquer qu’accueillir n’était pas de renoncer à sa propre identité, mais bien d’encourager les nouveaux arrivants à intégrer les valeurs communes.

Bouchard dit ne plus reconnaître le parti de René Lévesque qui n’avait autrefois pas peur et ne se sentait pas menacé par les immigrants. Bernard Landry a spécifié que le Québec souhaité par Lévesque était un pays multiethnique, mais pas multiculturel. Sur la question de la « niche de radicalisme  », Bouchard s’est prononcé sur les accommodements raisonnables en affirmant que la seule limite acceptable est celle d’imposer la préservation de l’égalité homme-femme. Pourtant, il s’agit du problème au cœur de ces débats, à savoir si l’égalité des sexes doit prévaloir sur les croyances religieuses, comme dans le cas du port du niqab ou de la burqa.

L’avenir du Québec à nos portes

Alors que plusieurs croient que les Québécois se sont éloignés de la politique, ne pensant qu’à leurs intérêts individuels, la poursuite de grands projets de société n’est pourtant pas impossible. Contrairement à la génération de la Révolution tranquille qui était motivée par le changement, les jeunes sont souvent ceux à qui l’on tente de faire porter le flambeau souverainiste, surtout en période de déclin démographique. Toutefois, la situation politique actuelle en laisse plus d’un sur son appétit, suite aux deux défaites référendaires. La société québécoise se trouve peut-être face à un mur idéologique, à un découragement collectif, transparaissant par des politiciens moins engagés ou par un contexte politique moins captivant. Certains assurent que la société québécoise est sans ambition collective et que la bataille s’est déjà conclue, lors de la défaite de 1980.

Les grands politiciens menés par des convictions de changement et d’égalité, comme Lévesque, ont fait place à d’ambitieux personnages cherchant à atteindre reconnaissance, ambition et profit. Bien que le contexte actuel se caractérise par de grands débats, la société québécoise ne semble pas avoir la motivation pour mener une réflexion sur ses convictions profondes. Alors que certains sondages ont démontré que le peuple québécois était en accord avec les propos de Lucien Bouchard, ce dernier a peut-être simplement dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas : on ne croit pas, dans un avenir rapproché, voir le Québec devenir un État souverain.

Cet a paru dans l'édition Mars 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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