Les chauffeurs de taxi se voient distribuer des autocollants à afficher sur la vitre de leur véhicule, bien à la vue des clients. Le message avertit les touristes sexuels que leur prochain arrêt pourrait être la prison.
Dans une salle de classe de San Jose se déroule un cours qui sort de l’ordinaire. Des chauffeurs de taxi et des employés de grands hôtels qui ont depuis longtemps passé l’âge d’être sur les bancs d’école écoutent attentivement une professeure décrire les effets du tourisme sexuel impliquant des enfants. Cette formation s’inscrit dans une série de mesures mises en œuvre par le gouvernement costaricain pour protéger les enfants du tourisme sexuel.
Devant ces élèves inhabituels, Teresita Ramellini s’efforce de faire passer son important message : les enfants ne sont pas des souvenirs de voyage. « Nous voulons que les touristes viennent dans notre pays et consomment, a-t-elle déclaré à des journalistes de la chaine BBC. Nous voulons qu’ils viennent avec leur famille. Mais nous voulons mettre au clair une chose : nos enfants ne sont pas à vendre. »
Le Costa Rica est devenu en l’espace de quelques années une destination très populaire auprès des voyageurs occidentaux. Le développement de l’industrie touristique, qui forme à présent son secteur le plus lucratif, ne s’est pas uniquement accompagné de retombées positives pour le petit pays d’Amérique Centrale. Le flot croissant d’étrangers s’est traduit par un essor sans pareil du commerce sexuel impliquant des enfants.
Casa Alianza, une ONG locale, estime à 3000 le nombre de fillettes et de jeunes filles qui se prostituent dans les 300 bordels de San Jose. Pour l’Organisation costaricaine pour la défense des droits de l’enfance et de l’adolescence, « la moitié des mineurs commencent à être exploités entre 8 et 12 ans, et il est probable qu’ils ont déjà souffert de violences physiques ou sexuelles auparavant. » Ce sont pour eux que 5000 touristes sexuels accourent chaque année au Costa Rica, qui rivalise maintenant avec la Thaïlande et les Philippines comme destination privilégiée du tourisme sexuel impliquant des enfants.
Mais plus pour longtemps, espèrent les autorités du Costa Rica. La volonté de lutter contre le tourisme sexuel impliquant des enfants et de laver la réputation entachée du pays sur la scène internationale a convaincu le parlement costaricain de voter en 1999 la Loi 7899 contre l’exploitation sexuelle des mineurs. La loi prévoit des peines allant jusqu’à 16 ans d’emprisonnement pour les crimes reliés à l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales.
« Avec cette loi, nous signifions aux étrangers qui veulent venir ici pour abuser nos enfants qu’une cellule de prison les attend », avait alors déclaré le Président Miguel Angel Rodriguez.
La nouvelle législation n’a pas suffi à freiner le tourisme sexuel, malgré quelques condamnations. Forcé de réviser sa stratégie, le gouvernement mise désormais sur la prévention, à travers des formations offertes à la population locale sur les effets du tourisme sexuel chez les enfants. Les chauffeurs de taxi, le personnel des hôtels ainsi que les employés des agences touristiques sont visés prioritairement par cette campagne de sensibilisation, en raison du rôle d’intermédiaire qu’ils sont parfois amenés à jouer entre les touristes et les enfants.
Erick Vargas, un chauffeur de taxi venu assister à une formation organisée par la fondation costaricaine Paniamor, explique que les touristes sexuels comptent souvent sur l’aide des chauffeurs de taxi pour assouvir leurs désirs.
« Quand les touristes arrivent d’un autre pays et montent dans mon taxi, la première question qu’ils me posent est ‘‘Où est-ce que je pourrais trouver des filles ? Des très jeunes ? ’’ » raconte-t-il.
Diriger les touristes sexuels vers des enfants et des adolescents se traduit la plupart du temps par une compensation financière, d’ou la difficulté de mettre fin à cette pratique. Teresita Ramellini est bien consciente du problème : « Les gens s’inquiètent de perdre des clients. Ils se demandent pourquoi ils devraient mettre des efforts, alors que d’autres ne le feront pas. »
La récente crise financière, que l’on soupçonne avoir forcé des milliers de femmes et d’enfants supplémentaires à se prostituer, vient complexifier la tâche déjà ardue des ONG qui luttent contre le tourisme sexuel impliquant des enfants. Les obstacles sociaux, économiques et juridiques sont réels et nombreux mais, plus que jamais, les ONG et le gouvernement costaricain sont déterminés à protéger les enfants.
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