C’est avec une perspective unique que les protagonistes de Taqwacore s’attaquent aux dogmes… de l’Islam comme de la culture américaine. Le documentaire, axé autour de l’expérience religieuse de Michael Muhammad Knight, met en scène le développement d’un mouvement marginal, à travers une tournée panaméricaine plus ou moins organisée. Décrivant la pensée et le quotidien du groupe de musiciens et de Michael, le film nous fait reconsidérer l’image de l’Islam, du Punk et de notre propre conception de l’expression religieuse.
Le mouvement des Taqwacore fut « lancé » en 2003 par la nouvelle de Michael Muhammad. Taqwa est un mot arabe pour conscience du divin et Core lie à la tradition anarchiste / Punk. Le texte, une fiction, présente une maison musulmane punk; les soufis portent le mohawk et des filles voilées y préparent la révolution. Le livre a su parler personnellement à plusieurs jeunes musiciens qui se sont reconnus dans le propos. Ils ont décidés de mettre en pratique le taqwacore. Le propos central reste simple : la conscience du divin s’exprime à travers un débordement d’énergie, un chaos incontrôlable à l’expression rugueuse.
Le documentaire exprime une double remise en question : celle du mode de vie nord- américain et de la pratique de l’Islam. Le mouvement pourrait être qualifié de Queer, car il s’attaque à la conception rigide de l’individualité, comme appartenant à un cadre fixe. Le processus de remise en question de ces gens touche autant leur appartenance à une identité culturelle que leur croyance religieuse. En ce sens, taqwacore est un mouvement typiquement nord-américain. L’auteur du livre est lui-même un fils d’immigrant irlandais qui s’est redéfini à travers l’Islam… le mouvement est, pour lui, une « american-Islamic tradition ». À savoir si l’on peut qualifier cela de tradition, il y a des interrogations, mais bon. Les membres des groupes sont unanimes : il n’y a pas d’autres interprétations de la religion que celle que l’on en fait personnellement… « you are your own Allah ». Ce qui est un point de vue typiquement protestant, et qui recoupe les positions d’Emerson ou de Thoreau, deux auteurs on ne peut plus américains. L’expression libre et provocatrice de leurs croyances, à un congrès musulman de Chicago, va d’ailleurs provoquer des flammèches. Juste avant cette scène, l’un des musiciens dit « Je ne sais pas s’ils sont prêts à ça, surtout dans une convention musulmane ».
Par le rejet de l’identité orthodoxe de la religion organisée (puis de la société organisée), les taqwacore empruntent à la pensée protestante et au Punk, en réaction à une identité figée que leur communauté d’origine semble leur imposer. Par leur attachement à la culture marginalisée de l’Islam en sol américain, ils se définissent en réaction à la stagnation des idéaux des classes bien pensantes. La culture marginale d’une religion minoritaire se définissant par la musique dissidente. Le mouvement a tout pour choquer, ce qu’il ne manque pas de faire. Les médias américains les ont souvent mal représentés, afin de caser le mouvement dans les critères d’une culture ou d’une autre.
Le documentaire se transporte ensuite au Pakistan et entre dans une dynamique plus personnelle, proche du cheminement spirituel de l’auteur du livre. Le documentaire y perd de son souffle et met en scène les problèmes personnels des musiciens, qui essaient de démarrer un mouvement Punk Pakistanais. Peut-être moins intéressant du point de vue de la remise en cause, le documentaire s’enlise dans la consommation de haschich, mais présente encore quelques bons moments.
Inattendu pour ceux qui voudraient voir les musulmans en croyants orthodoxes, les immigrants comme de tranquilles travailleurs loin des interrogations culturelles des nord-américains et les Punk comme des idiots, taqwacore est une bouffée d’air frais. Hurlante, provocatrice et appréciée.
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