Les Jeux olympiques de Vancouver, qui se déroulaient du 12 au 28 février dernier, représentaient pour le Canada une occasion en or de montrer au monde entier les avantages et les forces d’avoir une nation bilingue. Cependant, le COVAN (Comité Organisateur des Jeux Olympiques de Vancouver) en a décidé autrement. Effectivement, il a omis, de façon volontaire ou non, d’accorder une place plus importante à la langue française dans les activités reliées aux jeux, une décision vivement critiquée par les différents médias.
Ces critiques viennent, entre autres, du fait que le COVAN ait décidé de réduire de façon importante la place de la langue française dans les cérémonies d’ouverture des XXIe Jeux Olympiques d’hiver. En effet, mis à part les interventions officielles bilingues de Jacques Rogge (président du Comité international olympique) et celle de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, sans oublier la prestation en dents de scie de Garou, la langue française n’a été mise à l’avant-scène qu’une dizaine de minutes sur la totalité des cérémonies. Pourtant, le ministre du Patrimoine, James Moore, ne cessait de nous répéter depuis plusieurs mois que les Jeux Olympiques de Vancouver seraient les jeux les plus bilingues de toute l’histoire. Ce bilinguisme s’est fait attendre tout au long des jeux.
Cette situation est peu surprenante si l’on tient compte de la place qu’occupe le français à l’extérieur de la province du Québec. En effet, le français ne se parle que dans 2,4% des foyers dans le reste du Canada. La population francophone du pays ne représente alors que le quart de la population totale. Plus précisément, le mandarin est une langue qui est davantage parlée que le français dans la ville de Vancouver, comme six autres langues alors que le français est la huitième langue parlée dans la ville-hôte.
Cependant, malgré une décision aux apparences logiques, il est normal de s’insurger contre ceux qui continuent de prétendre que le Canada est un pays fondamentalement bilingue. Les journaux anglophones The Gazette et The Globe and Mail ont même pris la défense du fait français, critiquant vivement le comité organisateur des jeux. Selon The Gazette, le Canada a complètement raté l’opportunité qui s’offrait à lui : « Quelle extraordinaire occasion gaspillée pour le Canada de montrer au monde — et à lui-même — comment un pays bilingue et biculturel fonctionne ».
De l’autre côté de la médaille, notons quand même quelques efforts mis en place qui ont permis la valorisation de la langue française tout au long des jeux. En effet, la Place de la Francophonie aménagée sur Granville Island, en plein centre-ville de Vancouver, a permis de mettre en valeur divers artistes francophones venus de partout dans le monde. On note aussi, lors des compétitions et des remises de médailles, le bilinguisme utilisé afin de présenter les athlètes. Ces aspects restent néanmoins insuffisants aux yeux d’une population francophone blessée par ce manque de respect.
Les critiques fusant de toute part, le COVAN n’a eu d’autre choix que d’inclure, de façon plus importante, la langue française dans les cérémonies de clôtures. Malheureusement, selon la présidente du FCFA (Fédération des communautés francophones et acadiennes) Marie-France Kenny, les efforts n’ont pas été suffisants et les présentations n’ont pas su refléter la culture francophone. De plus, l’exclusion de la chanteuse québécoise Annie Villeneuve des cérémonies vient clairement prouver que la mentalité du comité organisationnel n’a pas du tout évolué. Mme Kenny se dit toutefois surprise du bilinguisme dont ont fait preuve les différents athlètes canadiens : « Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est de voir ces athlètes qui, tout au long des Jeux, faisaient des entrevues en anglais et en français peu importe leur langue maternelle et, hier, je les regardais chanter l’hymne national en français et en anglais ».
Le fait français a donc largement été mis de côté lors des événements les plus importants de ces derniers jeux d’hiver. Historiquement, le français est la langue de l’olympisme, et elle a eu sa place même là ou on ne la parle pas. Il est triste de voir que cette langue a été jetée aux oubliettes, dans un pays se considérant lui-même bilingue. Certains affirment que le Canada se déclare bilingue pour garder la faveur du Québec. D’autres croient que le français devient de plus en plus un héritage folklorique aux yeux des canadiens anglophones. Bref, la FCFA a déposée une plainte au commissaire aux langues officielles du Canada par rapport au fait français lors des cérémonies d’ouverture. Malheureusement, le mal a déjà été fait.
Commentaires
Personne n'a encore commenté cet article.