De bon matin, une femme est poignardée au bas de son immeuble. Elle crie assez fort pour que les voisins l’entendent. Un des voisins dit à l’agresseur de partir, ce qu’il fait semblant de faire. Il revient 10 minutes plus tard et finit de l’agresser, pour un total de 17 coups de couteau. Personne n’avait pris la peine d’appeler la police ou d’aider la femme en détresse.

Pourquoi?

Même si ces évènements ont eu lieu en 1964 (c’est l’affaire Kitty Genovese), la réaction des voisins est toujours d’actualité. Ce phénomène social qu’on appelle en anglais the bystander effect (ou l’effet du témoin en français, mais l’expression laisse à désirer) – bref, ce phénomène a été étudié et analysé par des scientifiques. L’une de ces équipes, Darley et Latané, a conclu que lorsqu’un seul témoin est présent dans une situation d’urgence, il porte la responsabilité de devoir l’assumer; « […] si d’autres sont présents, la charge de la responsabilité se diffuse  ».

Cela peut vouloir dire qu’en cas d’urgence, les témoins (nombreux) pensent que d’autres sont mieux placés qu’eux pour intervenir et choisissent de ne rien faire, laissant la responsabilité aux Autres, avec les conséquences fâcheuses que cela peut avoir. Au bout du compte, la plupart du temps, personne ne fait rien. C’est le contraire de l’effet boule de neige, si on veut. Les témoins inactifs se rassurent en pensant qu’ils ne sont pas qualifiés pour aider et que de toute façon, les policiers ou les pompiers vont arriver.

Se rapproche grandement du bystander effect le concept d’ignorance pluraliste. Le témoin, qui voit les autres témoins, surveille leur réaction pour voir s’ils pensent qu’il est nécessaire d’intervenir. Étant donné que les autres font la même chose, tout le monde a tendance à conclure de l’inaction des autres que personne ne pense que l’aide soit nécessaire.

Qui a dit que la majorité avait toujours raison?

Cela dit, si vous êtes une victime dans cette situation, le mieux est d’interpeller quelqu’un en particulier dans la foule, qui prendra alors la responsabilité sur elle. Si vous êtes un témoin dans ce genre de situation, sachez qu’en droit québécois, il existe une obligation de porter secours à une personne en danger : c’est l’art. 2 de la Charte des droits et libertés. Mais c’est avant tout une obligation morale. Comme l’a dit Elie Wiesel, le contraire de l’amour ce n’est pas la haine, mais l’indifférence.

Cet a paru dans l'édition Mars 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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