Voile d’intolérance

Photo : Alexandre Claude

Notre société subit durement les contrecoups de l’immigration musulmane, qui apporte avec elle intolérance, sexisme et repli social. Le malheur, c’est que les responsables de cette situation dramatique, c’est nous, et nous seuls.

Les contrecoups de l’immigration musulmane frappent les immigrants eux-mêmes. Très rares sont ceux qui, n’étant pas immigrants relativement récents, peuvent se targuer d’être des victimes de l’immigration. L’intolérance et l’intégrisme que l’on attribue à certains immigrants et immigrantes se retrouvent dans nos propres actes, dans notre propre discours. Au nom d’une laïcité qui tolère le crucifix à l’Assemblée Nationale, d’une liberté religieuse qui veut se prémunir du prosélytisme, les Québécois s’attaquent aux symboles religieux minoritaires. Ceux des autres; ceux des envahisseurs. Ceux qu’on prétendait être prêts à recevoir et à accueillir.

Au moment d’écrire ces lignes, la controverse autour de l’étudiante égyptienne expulsée de son cours de français au CEGEP Saint-Laurent fait toujours rage. Sans s’étendre sur ce cas, déjà analysé et trituré de fond en comble par beaucoup, il est toujours intéressant de souligner les absurdités qui en ressortent : on a invoqué la nécessité de voir les expressions du visage pour évaluer la performance orale de l’étudiante… tout en lui proposant de suivre le cours à distance. On a insisté sur les difficultés de conciliation entre ses exigences et celles du cours, mais pas tant sur le principe fondamental qui fait du niqab un instrument aliénant et discriminatoire : l’exclusion mutuelle des sexes qu’il impose, physiquement.

Obscurantisme politique

Le PQ a éclipsé l’ADQ en s’étant fait le héraut officiel du nationalisme populiste, primaire, replié sur soi. Pas de niqab dans les écoles, de scander le parti progressiste d’autrefois. Quant au gouvernement libéral, les signaux qu’il envoie ne sont guère rassurants : il dit se préparer à édicter des règles concernant le port du niqab. Par exemple, une personne qui en serait vêtue ne pourrait recevoir de services publics (et encore moins en fournir).

Ce sont les fondements de notre société démocratique qui sont fragilisés par ce bout de tissu noir. Toute la classe politique semble être décidée à ostraciser ces femmes qui, par choix ou par contrainte, portent ce vêtement. Ces femmes qui, volontairement ou non, ne font de mal à personne. Les passions qu’elles soulèvent, bien malgré elles, empestent l’intolérance et le racisme. Ce sont des innocentes que l’on condamne, au nom de soi-disant principes laïques, civilisés, démocratiques. Faut-il rappeler qu’une société démocratique le reste tant qu’elle est tolérante ? L’exclusion arbitraire de minorités culturelles n’est rien d’autre qu’un pas vers une forme de totalitarisme des mœurs.

Abîme religieux

Il n’est pas question ici de faire la défense de cette chape de ténèbres qui coupe des êtres humains du regard du monde. Contre nature, le niqab est un vêtement odieux, une prison portative, un symbole d’asservissement sans pareil. La femme ainsi voilée se voit privée d’une part importante de son statut d’être social. Suffoquant, sans utilité, sinistre, le port du niqab est une coutume qui ne peut être imposée que par la force ou l’aliénation, comme si un chien venait à s’ennuyer de sa muselière.

Malgré tout, le port de ce voile est une pratique religieuse, qui ne brime aucunement les droits d’autrui et qui, règle générale, ne met personne en danger non plus. C’est une pratique religieuse légitime protégée par la liberté de religion. Penser le contraire, c’est déjà avoir une image faussée de la réalité et généraliser le stéréotype du musulman malintentionné, continuellement en train de comploter contre sa société d’accueil.

Les problèmes de vivre-ensemble que le niqab engendre sont innombrables; mais au-delà des exigences administratives ou sécuritaires auxquelles il se confronte, c’est l’égalité hommes-femmes qu’il met particulièrement en danger. Ce voile stigmatise les femmes, et en ayant pour fonction première de bloquer le regard des hommes « de l’extérieur de la famille  », il cultive une méfiance et une perception négative du sexe masculin. L’homme, l’étranger, n’est plus un pair ou un semblable pour la femme : c’est une menace. Le niqab creuse le fossé entre les sexes et constitue par conséquent une pratique qui doit être combattue.

Confrontation néfaste

Mais le plus grave, ce qui doit être combattu de toute urgence, c’est la dynamique actuelle de confrontation entre les valeurs « démocratiques  » et ces pratiques religieuses venues d’ailleurs. Face à ce qui est perçu comme une véritable menace à l’intégrité de la culture québécoise, on réplique avec les armes de l’intolérance et de l’exclusion. Nous devenons précisément ce que nous déclarons combattre.

En ostracisant ces femmes qui tentent tant bien que mal de vivre leur religion à leur manière, nous sommes aussi sexistes que ceux qui leur imposent cet accoutrement. Nous faisons preuve de la même intolérance et nous devenons des oppresseurs. Si le niqab engendre de la discrimination à sa façon, nous ne faisons guère mieux en répliquant par pire, en s’apprêtant à refuser aux personnes, aux êtres humains avant tout victimes de cette pratique, le droit d’être soigné, de profiter d’un enseignement en classe, de recevoir des services d’aide juridique, de recevoir une assistance sociale…

Une exclusion ne limite pas l’autre : elles s’additionnent. Choisir la voie de la répression pour combattre des comportements sociaux que l’on juge néfastes ne peut qu’empirer les choses. Il y a peu de choix plus déchirant que d’avoir à choisir entre l’octroi de services essentiels et vivre ses convictions religieuses. Beaucoup risquent d’opter pour la seconde option.

Remèdes

Ce dont ces femmes et le reste de la société ont besoin, c’est d’une inclusion sociale et d’un féminisme positif, qui cherchent à établir une égalité authentique plutôt qu’à ostraciser les brebis égarées. Ce sont des règles strictes concernant les cas où le niqab est directement incompatible avec la vie en société. Ce sont des limitations claires sur le port de signes religieux ostentatoires par les agents de l’État.

Mais personne n’a besoin d’un régime qui exclut systématiquement les personnes aux tenues vestimentaires marginales.

Cet a paru dans l'édition Mars 2010 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires

Personne n'a encore commenté cet article.