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Turquie : Une minière canadienne est responsable d'un désastre écologique risquant de contaminer le plus important fleuve de Mésopotamie



Le 13 février, dans la province d’Erzincan en Turquie, une énorme butte formée par la terre retirée de la mine d’or Çöpler appartenant en majorité une multinationale canadienne, SSR Mining, s’est effondrée, provoquant un glissement de sol qui se déverse désormais dans l’Euphrate, fleuve le plus important de Mésopotamie. Cette terre contenait d’importantes quantités de cyanure, un composé chimique extrêmement toxique couramment utilisé pour extraire l’or. Bien que le gouvernement turc affirme avoir fermé le cours d’eau rejoignant l’Euphrate, des témoins racontent que l’odeur des amandes amères, odeur caractéristique du cyanure, se fait sentir dans toute la région.


Le fleuve de l’Euphrate est l’un des trois fleuves mentionnés dans la Torah, entourant le jardin d’Eden. Les plus anciennes cités connues de l’histoire de l’humanité ont été établies sur ses rives. Étant le plus long fleuve d’Asie du Sud-Ouest, il prend sa source en Turquie, traverse trois pays et se jette dans le golfe Persique, où ses eaux se mélangent à celles de l’océan Indien. Les commentaires craignent que la catastrophe minière soit aussi grave que Tchernobyl, et que le cyanure qui coule mette fin à toute la vie dans la zone où passe la rivière.


Cet incident révèle une fois de plus le fonctionnement du néocolonialisme.


Quatre-vingts pour cent de la mine appartient à la multinationale SSR Mining, dont le siège social est au Canada. Les vingt pour cent restants sont détenus par Calik Holding, dont le PDG au moment de l’accord avec SSR Mining était Berat Albayrak, gendre du président turc Erdogan. Autrement dit, alors que la compagnie minière canadienne investit en Turquie, elle noue un soi-disant partenariat avec l’entreprise du gendre du président et les paiements nécessaires sont versés au gouvernement.


Lors de son installation dans le village d’Erzincan, où s’effectue l’exploitation minière, l’entreprise a redoublé d’ardeur pour gagner l’approbation des villageois et villageoises ; une « garantie d’emploi » leur a été offerte, une prime de 40 000 TL en espèce (environ 1750 dollars canadiens) a été versée par foyer et, comme investissement spirituel, une mosquée a été construite. Certains témoignages racontent même que l’entreprise aurait invité les personnages notables du village au Canada et leur aurait offert des vacances gratuites. De connivence avec l’entreprise, et afin de contribuer à l’accueil favorable de ces investissements par les populations locales, le gouvernement turc s’est mis à compliquer constamment la poursuite de la production paysanne. Conséquemment, les villageois-e-s, privé-e-s de leur moyen de subsistance, se sont retrouvé-e-s obligé-e-s de lutter pour joindre les deux bouts.


Au final, la mine est construite, les villageois abandonnent complètement la production paysanne et se transforment en ouvriers miniers, et la production agricole dans cette région devient à jamais impossible.


Grâce à leur salaire nouvellement obtenu, les villageois-e-s devenus ouvriers/ouvrières peuvent désormais solliciter un prêt bancaire, ce qu’ils font souvent dès la signature du contrat. Bien entendu, ils obtiennent le prêt auprès de l’institution bancaire partenaire de l’entreprise minière en question. Avec ce prêt, ils achètent une voiture produite par une entreprise partenaire de l’entreprise minière, ainsi qu’un appartement du logement d’entreprise récemment construit dans le village. Ils demandent souvent aussi un « prêt mariage », qui ironiquement servira entre autres à s’acheter des bijoux en or. Ces villageois, devenus ouvriers miniers et travaillant pour un salaire de 750 dollars par mois, travailleront désormais dans cette mine toute leur vie afin de rembourser leurs dettes d’emprunts.


Pendant ce temps, les bonnes relations de l’entreprise avec le gouvernement se poursuivent. Par exemple, la dette de 7,2 millions de dollars américains d’impôt que devait la SSR Mining à la Turquie l’année dernière a été d’une manière ou d’une autre annulée en une journée. Lorsque l’entreprise demande une augmentation de capacité, celle-ci est satisfaite le lendemain. L’année dernière, un citoyen a déclaré que l’entreprise avait déversé 20 tonnes de déchets de cyanure dans la rivière en publiant une vidéo qu’il avait filmée. Aujourd’hui, ce citoyen est en prison. Autrement dit, l’État fait tout ce qui est nécessaire pour rendre cette entreprise plus rentable. Enfin, la mine s’est effondrée le 13 février, des millions de mètres cubes de scories contenant du cyanure se sont déversés dans l’Euphrate, et l’État a interdit aux organisations de défense des droits humains et de l’environnement de se rendre dans la région. Des opérations de détention ont même été commencées. Pour sa part, le consulat canadien en Turquie a fait une déclaration niant les liens de l’entreprise avec le Canada.


Ce drame représente un cas d’école du néocolonialisme. Dans un pays néocolonisé, l’oligarchie locale détient le gouvernement. À travers cet appareil gouvernemental, elle impose l’oppression fasciste sur le peuple et écrase tous les mouvements d’oppositions et les mouvements révolutionnaires. En cas d’échec, des organisations telles que l’OTAN la soutiendront, fourniront des armes, de l’argent, fourniront des paramilitaires et si cela ne suffit pas, enverront directement des soldats. Si, malgré les multiples tactiques de fraude électorale, des éléments plus démocratiques arrivent au gouvernement, des organisations telles que l’OTAN organiseront un coup d’État militaire en coopération avec l’oligarchie locale, « établiront l’ordre » et l’oligarchie collaborationniste prendra le pouvoir.


Les oligarchies collaboratrices ne s’arrêtent à rien pour défendre les intérêts impérialistes et ainsi récolter les miettes provenant de l’exploitation des ressources naturelles et des populations locales. En plus de l’oppression fasciste et des massacres, toutes sortes de manipulations juridiques sont menées au profit des intérêts impérialistes. Aujourd’hui, le mont Ida, qui possède la diversité végétale l’une des plus riches au monde et qui abrite à son pied la ville historique de Troie, ainsi que les sommets du mont Taurus, sont criblés de mines. Les courants d’eau froide qui coulent vers la Méditerranée s’en retrouvent bloqués, ce qui fait que la température de la mer augmente chaque année et détruit chaque jour les espèces vivantes qui s’y trouvent. Toute cette destruction se produit avec l’approbation des oligarques collaborateurs qui défendent les intérêts de l’impérialisme.


Pour résumer, le mécanisme du colonialisme fonctionne comme suit :


— Le néocolonialisme repose sur l’exportation du capital. Le principe de base est donc d’amener le capital des entreprises multinationales, c’est-à-dire le capital impérialiste, vers le pays néocolonisé.


— Pour cela, il faut assurer la sécurité du capital impérialiste. Le « climat propice à l’investissement étranger » est assuré par un gouvernement qui défend les intérêts du capital impérialiste. L’oligarchie locale, qui collabore avec le capital impérialiste, est soutenue dans son accès au pouvoir. Elle est ensuite capable de conserver le contrôle du gouvernement et des pouvoirs coercitifs par l’oppression fasciste.


— Une fois que les conditions propices à l’investissement impérialiste sont assurées par l’oligarchie collaboratrice, l’exploitation des ressources naturelles et de la main-d’œuvre locale peut commencer, engendrant des surplus qui repartent pour la plupart dans les coffres des multinationales, mis à part la côte offerte aux oligarques.


— L’oligarchie locale collaboratrice rend impossible l’autosuffisance économique du pays néocolonisé et le rend complètement dépendant de l’impérialisme. Par exemple, la transformation des paysans en ouvriers miniers à Erizincan et la fin de la production paysanne qui en résulte signifient que la communauté ne peut survivre sans le capital canado-américain, et se voit contrainte d’importer des produits agricoles qu’elle pouvait normalement produire elle-même. La Turquie, qui bénéficie pourtant des conditions agricoles et d’élevage les plus favorables d’Europe en raison de ses caractéristiques géographiques, importe presque tous ses produits agricoles essentiels.


— La dépendance à l’impérialisme du pays néocolonisé dépasse la sphère économique et touche aussi la sphère culturelle. Par exemple, une personne agricultrice, chasseuse ou bergère, qui mène une vie relativement libre et qui est contrainte de devenir ouvrier minier, se voit accaparée par ce nouveau mode de vie. Le travail à temps plein ne suffisant plus à se procurer les biens de consommation produits par l’entreprise impérialiste, l’ouvrier doit se tourner vers le prêt bancaire du capital impérialiste, et se condamne ainsi à travailler d’autant plus pour payer les acomptes de ces marchandises.


— Contrairement au colonialisme classique, où les matières premières sont transportées du pays colonisé vers la métropole pour être transformées en produits finis qui sont ensuite commercialisés et revendus dans la colonie, le néocolonialisme repose sur la production et l’exploitation au sein même du pays néocolonisé, sous la supervision de l’oligarchie locale. L’impérialisme devient donc un phénomène interne au pays néocolonisé. Une partie du peuple est convaincue que l’impérialisme fait progresser le pays, apporte des investissements bénéfiques et crée des emplois pour la population. Souvent, ceux-ci sont transformés en soldats, en policiers ou en milices paramilitaires, donc en bras de coercition contre l’autre partie de la population. Le pays est sous pression fasciste constante, ce qui invisibilise l’occupation ; la main de l’impérialisme n’est souvent pas remarquée. Comme lorsqu’il y a un désastre minier et que le consulat canadien peut affirmer que « l’entreprise n’est pas la nôtre ».


L’impérialisme, soit le capitalisme monopoliste, est un système mondial. L’ampleur de l’exploitation et de la destruction qu’il provoque affecte le monde entier. Le changement de température de l’eau en Méditerranée détruira toute la faune atlantique et le cyanure déversé dans l’océan Indien touchera les côtes du Pacifique. Loin d’être un drame isolé, les tristes événements du 13 février dernier sont en fait le résultat direct d’un système reposant entièrement sur le profit de quelques-uns au détriment de tous les autres.


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