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  • Sarah Maheu

Mon meilleur des mondes est un boys club



C’est un conte, un récit, un mythe, appelle ça comme tu veux. C’est juste une histoire, crois-moi que t’en as entendu d’autres.


Alinéa premier. T’arrives dans un nouvel endroit, un nouvel environnement. Penses à une école, une organisation quelconque, un travail. Une petite boule de stress se forme dans ton ventre, tu te demandes si les gens vont t’aimer et si t’as assez de connaissances pour pouvoir participer aux discussions qui vont indéniablement avoir lieu. Si ça s’arrêtait là, ça serait pas si pire. Tu pourrais aussi être anxieux.se, avoir les mains moites, avoir chaud et même mal au cœur. Est-ce que tu es à la hauteur ? Est-ce que tu es capable ? Tu pourrais même aller plus loin, et te demander si ce que tu portes est acceptable. C’est sûrement trop prude, ou trop osé. J’aurais pas dû mettre ça, j’aurais sûrement dû mettre ça. Ça devient tellement anxiogène qu’au moment de franchir la dite porte, tu ne penses plus à rien d'autre que le regard de l’autre. Les efforts qui t’ont permis.e de te rendre à cette nouvelle place sont bien loin dans ton esprit. Pis là, dans le meilleur des mondes, je te souhaite que toutes ces peurs et ces appréhensions disparaissent rapidement, que tu fasses de belles rencontres, que tu crées de nouveaux souvenirs et de merveilleux moments.


Alinéa second. Dans le meilleur des mondes, t’as rencontré pleins de belles et intéressantes nouvelles personnes, tu te sens apprécié-e, valorisé-e et tiré-e vers le haut tout le temps. Tu vas tomber en amour avec tout, la nouvelle musique, les nouvelles habitudes, les nouveaux et nouvelles ami.es, le nouvel environnement, pis peut-être avec une ou des personnes plus particulièrement. C’est tellement beau, rafraîchissant, sécurisant. Tu vas re-penser à la première fois où tu t’es rendu à cette place et en rire, t’avais tellement pas à en faire tout un plat.


Alinéa troisième. Bon, ton meilleur des mondes perd un peu de sa brillance. Il y a quelques personnes avec qui tu t’entends moins, d’autres qui semblent te juger rapidement. Mais, c’est pas grave, c’est quand même toujours beau. Oui, tu dois creuser un peu ta place dans les discussions, mais qui ne le fait pas ? Oui, tu dois hausser la voix plus que d’autres, mais n’est-ce pas dû à ta gêne ? Oui, tu dois faire attention à ce que tu dis lorsque tu es en présence de certaines personnes, mais quand n’est-ce pas le cas ? Oui, la ligne qui délimite l’amitié et l’attirance semble nébuleuse vis-à-vis certaines personnes, mais n’est-ce pas déjà arriver à tout le monde ? La musique, les habitudes, les ami.es et l’environnement continuent de rayonner, tu t’accroches à ça.


Alinéa quatrième. T’as le droit de pu trouver ça beau tout le temps. Que ce soit parce que ta voix ne semble jamais assez forte, parce que tu t’es fait niaisé.e, parce que t’as idéalisé la musique, les habitudes, les ami.es et l’environnement ou simplement parce t’as un certain pressentiment, t’as le droit de pu trouver ça beau tout le temps. C’est comme si la boule de stress au fond de ton ventre que tu croyais bien lointaine n’attendait que sa chance pour ressurgir à la surface. C’est comme si tes mains redevenaient moites, tu recommençais à avoir chaud et le mal de cœur ne t’avait jamais quitté. C’est un peu comme si, finalement, c’était pas ton meilleur des mondes.


Faut pas se méprendre, c’est un maudit beau monde. Pis c’est un beau monde dans lequel tu fais parti.e. C’est juste un monde imparfait. C’est juste un monde où les problèmes contre lesquels on lutte solidairement se miroitent dans nos propres rangs. C’est juste qu’en plus de me battre tous les jours, j’dois finalement aussi me battre avec les allié.es, mes ami.es. C’est correct, c’est vrai que ça n’existe pas, un meilleur des mondes.


C’est juste qu’en pensant qu’il existe et que j’ai les deux pieds dedans, j’aurais peut-être aimé que mon meilleur des mondes ne soit pas un boys club.

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