2026, la fin d'un cycle ?

Par Frédéric Pigeon
Le 5 octobre 2026, le Québec s’est réveillé avec un paysage politique nouveau. La Coalition Avenir Québec (CAQ), qui semblait indélogeable il y a quatre ans, n’existe plus à l’Assemblée nationale. Le Parti Québécois (PQ) revient au pouvoir, mais minoritaire. Le Parti Conservateur (PCQ) explose les scores, tandis que Québec Solidaire (QS) survit tant bien que mal
La chute de la CAQ ne pouvait pas être plus brutale. Après une victoire écrasante en 2022 avec 90 député.e.s, le parti n'a fait élire aucune personne cette fois-ci. Christine Fréchette elle-même a été défaite dans sa circonscription de Trois-Rivières Elle a annoncé sa démission comme cheffe dès le lendemain, assumant « l'entière responsabilité » de la débâcle. Le parti a récolté 13,4% des votes, n’obtenant pourtant aucun siège. C'est un cas d'école de distorsion électorale : la CAQ a obtenu plus de voix que Québec solidaire, mais ce dernier a fait élire neuf député.e.s. La CAQ devient le premier parti au pouvoir sortant à ne remporter aucun siège lors d'une élection générale au Québec. Petit karma pour un parti qui avait promis de réformer le mode de scrutin.
QS, justement, a évité le pire. Le parti de gauche a conservé neuf sièges, alors que plusieurs projections le donnaient perdant dans plusieurs de ses bastions. Le plancher de QS en termes de circonscriptions solides a été sous-estimé. Mieux : QS a surperformé dans des circonscriptions pourtant considérées comme des pivots, comme Rosemont, où QS a tenu bon avec leur recrue Gisele Pouhe Njall, comme dans Hochelaga-Maisonneuve et Laurier-Dorion, où QS a reçu une majorité absolue des votes : une surperformance de 17 et 14 points respectifs vis-à-vis la projection finale de QC125. Mais le problème est ailleurs : le plafond est très proche du plancher. QS perd environ 100 000 votes par rapport aux dernières élections de 2022. Le nombre de circonscriptions où le parti atteignait 15% (ou plus) est réduit de moitié. Le parti tient ses forteresses, mais il ne déborde presque plus. C'est une formation qui survit, pas une formation qui avance. Les trois comtés perdus le sont d'ailleurs par des écarts minces : Maurice-Richard, Verdun et Saint-Henri–Sainte-Anne. Ce ne sont pas des déroutes, mais des glissements.
Cette élection marque aussi un virage à droite assumé du Québec sur les questions identitaires. Le Parti conservateur du Québec d'Éric Duhaime a depassé les attentes avec 19 sièges et environ 21% du vote populaire. La vague conservatrice a balayé la grande région de Québec : le PCQ a raflé 15 des 18 circonscriptions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. Fait historique : pour la première fois depuis 1867, la Capitale-Nationale n'a élu aucune personne du parti au pouvoir. Le PQ n'est pas en reste. Paul St-Pierre Plamondon lui-même a courtisé l'électorat conservateur, notamment en défendant le candidat controversé François Gariépy dans Charlevoix–Côte-de-Beaupré.
C'est le grand retour pour le Parti Québécois. Paul St-Pierre Plamondon devient le Premier ministre désigné, après avoir fait passer le PQ de 3 à 59 député.e.s. Donc le gouvernement sera minoritaire. Avec 59 sièges sur 127, le PQ est à cinq sièges du seuil de 64 requis pour avoir la majorité des sièges. Il devra composer avec QS pour toute avancée sur l'indépendance ou avec le PCQ sur d'autres dossiers notamment sur les questions identitaires. Le score en voix est historiquement bas : 28% du vote populaire. C'est la première fois qu'un parti forme le gouvernement avec moins de 30% des voix. Le référendum est en suspens. Paul St-Pierre Plamondon devra sûrement repousser l'échéance à 2029 ou 2030, et obtenir l'appui de QS, qui refuse pour l'instant de donner un chèque en blanc. Pour rappel, les gouvernements minoritaires au Québec durent en moyenne moins de deux ans.
Somme toute, le Québec a vécu une soirée de changement. La CAQ n'existe plus. Le PQ revient, mais affaibli. Le PCQ s'installe à droite. Et QS survit, avec un plafond collé au plancher. Une question demeure : ce paysage fragmenté est-il un moment de transition ou le nouveau visage durable du Québec ?




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