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  • Élizabeth Guay

Colère coincée dans un coin de mur blanc

Dernière mise à jour : 17 févr. 2023


Crédit : Rémi Grenier

C’est la colère et la frustration qui m’ont amenée dans la rue, qui m’ont amenée à m’exprimer dans l’espace public et prendre cette place qui m’a toujours été refusée. C’est ce sentiment d’impuissance qui a amené ma mobilisation. Mais c’est aussi ce sentiment de bien-être que je pouvais ressentir lorsque je croisais dans les rues ou dans les couloirs de mon université une prise de parole politique.


Que ce soient des collages féministes, des nombreux collants bloquons la COP 15 ou des mots et des couleurs éclatés sur les murs du A qui ont parsemé mon quotidien. Ces formes d’expressions militantes, qui n’ont pas attendu de tribune qui évidemment ne venait pas, m’ont permis de me réapproprier cet espace qui m’avait, dû à ma condition de genre, été attribuées comme un espace transitoire plutôt qu’un espace d’occupation.


Par contre, force est de constater que ces formes de présence durent relativement peu de temps, à par quelques exceptions. Que ce soit nos collages arrachés quelques instants après avoir été posés ou les mots javellisés dans les toilettes, cet effacement de la parole militante, d’une parole qui se réapproprie ces lieux m’insupportent.


Vos murs semblent plus compter pour vous que notre colère et nos oppressions que nous tentons d’exprimer.

Qu’en est-il de cette fameuse liberté d’expression dont vous vous faites les grands protecteurs, mais qui nous est réservée seulement sur certains murs que vous avez choisis ? Ou du moins que vous dites avoir choisi ? Car ces murs ce sont nous, ce sont les militant-e-s du passé et du présent qui les ont pris d’assaut, sans autorisation. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Peut-être votre prochaine stratégie, à la place de tout repeindre, sera une fois de plus de nous donner une permission que nous n’avons jamais réclamée.

Nous continuerons d’écrire sur nos murs, de coller dans nos rues et d’occuper à chaque instant l’espace public. Cet espace qui aux dernières nouvelles est plutôt un espace que vous tentez de contrôler comme étant vôtre dans un vain espoir de couvrir notre parole. Nos mots mieux cachés que les messages haineux qui emplissent nos vies doivent fuser encore et toujours.




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