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Reportage d’une année en force

Olivia Ungurean
il y a 7 minutes
6 min de lecture

Par Olivia Ungurean


L’année scolaire 2025-2026 fut un réel retour en force du mouvement étudiant au soi-disant Québec. Cette année c’est plus de 180 000 personnes étudiantes dans 88 associations étudiantes différentes qui se sont dotées, à au moins une reprise, d’un mandat de grève. Au cours de cette année un sentiment revenait souvent : l’envie de passer à l’action, de se réunir pour crier ensemble, parce qu’ensemble on crie plus fort. La mobilisation, les actions et les manifestations se sont articulées autour de quatre campagnes, qui ont chacune mobilisé plusieurs dizaines de milliers d’étudiant∙e∙s sur dix-neuf campus.

 

Automne 2025


La première vague de mobilisation est lancée par Désinvestir pour la Palestine (D4P) et la Convergence des Luttes Anticapitalistes (CLAC) dans le cadre d’une semaine d’action en solidarité avec la Palestine du 6 au 12 octobre 2025. Cette semaine d’action était un appel à toute la société civile à s’organiser afin de faire voir notre refus collectif à la complicité au génocide. C’est plus de 80 000 personnes étudiantes qui ont répondu présent∙e∙s à l’appel de gréver leurs cours les 6 et 7 octobre, afin de se mobiliser et participer aux multiples manifestations. Une grande partie de la population étudiante mobilisée était les étudiant∙e∙s universitaires, surtout du côté anglophone. C’est le cas de Concordia où plus de 9 558 étudiant∙e∙s dans 11 associations étudiantes se sont positionné∙e∙s contre la complicité non seulement des États « canadiens » et « québécois », mais aussi de leur université. La mobilisation en solidarité avec la Palestine s’organise depuis plusieurs années sur le campus, mais avec l’intensification du génocide à Gaza, les mobilisations s’accumule ainsi que la surveillance et la répression de ces dernières. Perceptage International, la compagnie qu’a engagée l’administration de Concordia pour surveiller ses étudiant∙e∙s, est une compagnie dirigée par des militaires israéliens qui possède des liens avec Moshav Security et engage d’anciens soldats de l’armée israélienne pour réprimer les personnes se mobilisant sur le campus.Même avec ce haut niveau de surveillance, une partie des associations modulaires de l’université ont rejoint les mobilisations et organisent un contingent pour rejoindre la manifestation du 7 octobre à Tiohtià:ke (Montréal), qui aurait rassemblé des milliers de personnes. 


La deuxième vague de mobilisation inter associations se déroule début novembre. Deux appels retentissent en même temps. Le premier vient de la Coalition de Résistance pour l’Unité Étudiant Syndicale (CRUES), qui appelle à faire la grève le 7 novembre, une première journée de grève dans sa campagne contre l’austérité lancée à la fin du printemps 2024. 

Le deuxième appel provient du Syndicat National des Stagiaires en Éducation (SNSE) ainsi que de l’Association Facultaire Étudiante de Sciences Politiques et Droit (AFESPED-UQAM) qui luttent pour la salarisation des stages. Ces groupes appellent à faire grève et participer à la manifestation du 10 novembre, journée internationale des stagiaires. La mobilisation autour du 7 novembre a réussi à atteindre près de 53 000 étudiant∙e∙s de plusieurs associations étudiantes en grève, dont une majorité provenant de Tiohtià:ké (Montréal) en plus du Cégep de Montmorency et du Cégep de Drummondville. La manifestation à Tiohtià:ke a rassemblé environ 300 personnes. À l’inverse, la campagne pour la salarisation des stages a réussi à étendre ses tentacules en dehors de la métropole, avec des associations de l’Outaouais et de la « Capitale-Nationale », qui se sont jointes à l’appel de grève. C’est un peu plus de 34 000 étudiant∙e∙s qui se sont doté∙e∙s d’un mandat de grève lors de cette journée, et quelques centaines ont participé à la manifestation à Tiohtià:ké. Un des freins à la mobilisation de novembre 2025 fut l’annonce de la grève des employé∙e∙s d’entretien de la Société des Transports de Montréal (STM), s'étant doté d’un mandat de grève durant tout le mois de novembre 2025. Réclamant de meilleures conditions de travail et une réduction de la sous-traitance, la grève cause une fermeture partielle du service de transport de la ville de Montréal limitant ainsi le déplacement de plusieurs étudiant∙e∙s durant les jours de grève. 


Hiver 2026


La troisième vague se déroule à l’hiver alors que  la CRUES continue son escalade des moyens de pression et appelle à une  une semaine de grève. Du 23 au 27 mars 2026 c’est plus de 65 000 personnes étudiantes qui sont en grève au moins un jour durant la semaine, alors que 22 376 étudiant.e.s sont en grève toute la semaine, ou plus. Dans les associations étudiantes ayant votées une semaine, on compte les quatres associations facultaires de l'UQAM membres de la CRUES : l’AFEA, l’AFESPED, l’AFESH, et l’ADEESE, ainsi que le module d’action culturelle. Du côté des cégeps, l’AECSL (Association Étudiante du Cégep de Saint-Laurent) est la seule association de Cégep ayant voté pour la semaine complète de grève, la plupart ayant voté pour un à trois jours. L’AECSL vit de pleine force les effets de l’austérité gouvernementale et de la mauvaise gestion de la part de la haute direction, les infrastructures et la qualité du service  pourrit et tombent en miettes devant leur yeux. La mobilisation sur le campus s'élargit chaque jour et réussit à aller au-delà du piquetage le matin. L’AECSL tente et réussit à entrer sur leur campus le lundi 23 mars pour y installer une occupation pacifique de leur lieu d’éducation. À l’intérieur, on y confectionne des bannières, on distribue de la nourriture et on jase politique. L’occupation ne tient que quelques heures avant de se faire expulser par la police sous l’ordre du directeur général de l'établissement, Mathieu Cormier. 


D’autres actions se déroulent lors de cette semaine, dont une manifestation à la SOGÉÉCOM (Société Générale des Étudiantes et Étudiants du Collège de Maisonneuve), où iels décident de prendre la rue suite à la levée des cours du jeudi 26 mars au matin. Cependant, iels n'arrivent même pas à faire un coin de rue avant de se faire repousser violemment avec du poivre irritant à la figure par l’anti-émeute, qui était présente dès 7 heures du matin au collège. Malgré cela, la manifestation continue jusqu’à se dissoudre pacifiquement dans le métro et rejoindre l’effort de grève à l’UQAM. De là, une deuxième manifestation spontanée part en début d'après-midi, cette fois-ci pour célébrer leur victoire contre la hausse cachée des frais de scolarité aux cycles supérieurs. Une fois dans les rues, des slogans de victoire et des chansons sont scandés. La manifestation finit par être dispersée par la police à quelques mètres des portes de l’UQAM. En dépit de l’agressivité des chiens de gardes de l’État, le vendredi 27 mars la CRUES à réussi à tenir une manifestation regroupant plus d’un millier de personnes dans les rues de Tiohtià:ké. C’est dans la rue qu’on est en mesure de voir la force d’un mouvement et ce qu’on peut faire lorsque nous sommes uni∙e∙s et luttons ensemble vers un meilleur lendemain. 


Deux associations étudiantes votent d’étendre leur grève à plus d’une semaine. C’est le cas de l’ADÉPUM, qui regroupe 300 étudiant∙e∙s en philosophie à l’UdeM ayant voté une semaine de grève supplémentaire afin d’organiser une école populaire. À l’AGECAR (Association Générale des Étudiant·e·s du Campus à Rimouski de l’Université du Québec à Rimouski), on vote un jour de grève supplémentaire le jeudi 2 avril pour monter à Québec afin de rejoindre la manifestation du Communautaire à Boutte. 


Une dernière vague de mobilisation s’organise autour du Premier Mai, la journée internationale de lutte pour les droits des travailleur∙euse∙s, aussi appelée le premier mai anticapitaliste. La coalition Premier Mai Vers la Grève Sociale, dont la CRUES fait partie, organise une manifestation à Tiohtià:ké le premier mai 2026. Un appel à l’action et à la grève se fait entendre dans beaucoup de sphères allant des groupes affinitaires, aux syndicats, aux organismes communautaires et aux associations étudiantes. Certains syndicats de professeur∙e∙s et d’employé∙e∙s de cégep se dotent d’un mandat de grève illégale (toute grève organisée par des travailleur∙euse∙s qui n’est pas pour négocier leur convention collective est considérée comme une grève illégale selon la loi). Malheureusement, iels n’ont pas réussi à atteindre leur plancher de grève et aucun syndicat ne tombe en grève cette journée-là. Par contre, du côté étudiant, c’est 53 000 cégépien∙ne∙s qui sont en grève le premier jour de mai. Une partie des associations sont en grève par solidarité avec les autres syndicats qui sont sur leurs campus, alors que d’autres revendiquent le retrait des nouvelles lois islamophobes et xénophobes instaurées par le gouvernement de la CAQ. Aux étudiant∙e∙s de cégep s’ajoute pour une première depuis les grèves pour le climat de 2019 une école secondaire. Les élèves de l’école secondaire Joseph-Perrault, à Tiohtià:ké, tiennent une assemblée générale et se mandatent de tenir des lignes de piquetage le premier mai.


En dehors de ces vagues de grève, certaines associations se mobilisent autour de campagnes locales. C’est le cas à l’Association Générale des Étudiants et Étudiantes du Cégep Gérald Godin qui vote une grève le 27 avril et l’Association Étudiante du Cégep de Saint-Jean sur Richelieu le 30 avril, toutes deux revendiquent un arrêt du projet d’étendre les cadres horaires jusqu’à 20h. 


La lutte étudiante au soi-disant Canada

Il est important de noter que le soi-disant Québec n'était pas la seule province mobilisée cette année. En soi-disant Nouvelle-Écosse, les associations des universités de la province déclenchent une grève d’une semaine afin de protester contre les coupures en éducation et l’investissement dans la guerre. Alors qu’en soi-disant Ontario, c’est plusieurs campus qui ont organisé des walk-outs afin de manifester contre les coupures budgétaires et l’austérité du gouvernement Ford. Ces mêmes étudiant∙e∙s ont voté une semaine de grève, au même titre que la CRUES, à partir du 9 novembre 2026 contre l’austérité de son gouvernement provincial. 


L’austérité en éducation nous touche toustes et ce de manières différentes, la solution de répondre à cette crise manufacturée par nos gouvernements est de s’organiser et de lutter collectivement. Vers la GGI 2027! 


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