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À propos du souverainisme de gauche

  • Sociologue pragmatique
  • 9 janv.
  • 4 min de lecture
Two boys fighting, 1927 by Giulio del Torre, Italian painter (1856-1932)
Two boys fighting, 1927 by Giulio del Torre, Italian painter (1856-1932)

Texte d’un-e sociologue pragmatique


« T’es gauchiste, toi ? Tu dois aimer ça, te disputer avec tes camarades. » 

-Mon oncle à un souper de réveillon


J’aimerais, à travers ce texte, vous partager une exaspération qui m’habite depuis un moment maintenant. Alors que le gouvernement caquiste multiplie les dérives fascistes et les groupuscules d’extrême droite tel que Nouvelle Alliance, se multiplie ou prennent de l'ampleur. Que le Parti Québécois (PQ) adopte de plus en plus des pratiques démagogues, instrumentalisant la xénophobie et la peur de l’autre pour justifier des politiques de surveillance et de répression, je m’inquiète pour ma société. Alors, que font les forces progressistes alors que la menace réactionnaire se fait de plus en plus présente ? Elles s'auto-phage dans une « guéguerre » de pureté et d’ego, sciant au passage la branche sur laquelle elle est assise.


Plus que tout, c’est décevant de voir les attaques lancées dans les textes publiés récemment dans Union Libre, mais aussi dans divers journaux d’organisations de « gauche ». Il est de notre devoir, en tant que progressistes, de rassembler et faire converger nos luttes pour s’opposer aux forces capitalistes de droite, de se lever d’une voix et de refuser ce système et ses idées destructrices, non de se diviser et attaquer tout ce qui ne répond pas exactement à la vision idéale que nous avons d’une « révolution ». Il n’existe pas de lutte parfaite, de projets de libération sans contradictions ou d’actions militantes exemptes de critiques. 


Cependant, en abandonnant toute lutte ayant un potentiel de changement de fond par pureté idéologique, la direction de ces mouvements de contestation sont laissée à la merci des forces conservatrices. L’indépendance du Québec n’en fait pas exception, mais il faut s'arrêter et effectuer une analyse pragmatique de ce sujet si polémique pour comprendre concrètement ce qu’il est ; un mouvement social intrinsèquement complexe et comportant de multiples facettes hétéroclites. 


Le souverainisme, comme mouvement social, est composé de plusieurs acteurs et actrices cherchant à imposer leurs visions et le définir. Présentement, le PQ, avec Paul St-Pierre Plamondon à sa tête, est un des leaders forts du mouvement. Cependant, il est loin d’être le seul. Québec Solidaire en est un bon exemple, mais il faut également penser aux multiples acteur-ice-s de la société civile qui tentent de s'imposer comme bloc divergent à la vision souverainiste xénophobe du PQ. L'auteur-trice du texte « Dans un Québec libre… » l’illustre à merveille. Ce serait faire preuve de mauvaise foi, et effacer le travail énorme de lutte effectué par nos multiples camarades, que de proclamer que le projet de souveraineté du Québec s'arrête forcément à la conception mise de l’avant par le Parti Québécois. 

  

L’indépendance du Québec est un projet intrinsèquement contradictoire, mais il porte aussi une véritable portée libératrice. Il serait capable, si les forces progressistes se mobilisent, convergent et s’investissent dans le mouvement ensemble, d’être une véritable révolution capable de faire chanceler l’hégémonie néolibérale qui ne fait que précariser de manière accrue toutes nos vies au profit d’une minorité bourgeoise. Cette vision n’est pas non plus celle d’un-e « jeune idéaliste » ni de quelqu’un-e incapable de concevoir les risques que ce projet comporte. Il faut le rappeler : la souveraineté du Québec n’est aucunement une fin en soi. 


Être indépendant de ce pétro-état qu’est le Canada ne suffira pas à éliminer toutes les inégalités, préjudices et rapports de domination dans notre nation. En rien ça n'effacera magiquement, non plus, les siècles  d’histoire coloniales, patriarcales et de dominations que le Québec a connues et renforcées. Cependant, elle nous propose un concept fondamental, auquel tout progressiste devrait adhérer : la possibilité de rompre avec l’ancien régime et de reconstruire une société plus juste et équitable, libérée de la logique capitaliste cancéreuse.


En effet, il nous suffit d’observer les répercussions de ce projet sur les élites québécoises pour comprendre que c’est un projet qui « dérange ». Ne pensez-vous pas que le leader de Québecor ou tous les autres oligarques québécois, et canadiens, craignent ce mouvement de soulèvement de la société civile ? Ne pensez-vous pas que c’est pour cette raison que le PQ a su s’installer habilement en César moderne, capable de prendre la tête du mouvement tout en rassurant les forces bourgeoises ? Qu’en proposant ses idées racistes et en misant sur la peur de l’étranger, il a su dénaturer le projet de souveraineté, couper l’herbe sous les possibles revendications émancipatrices et, de ce fait, gagner l'appui des classes capitalistes ? Il devient impératif, en tant que « gauchistes », mais avant tout en tant qu’acteur-ice-s sociaux de notre nation, de se réapproprier le mouvement et d’en faire une véritable vague de changement capable de transformer au plus profond nos institutions civiles. 


Car, si l’indépendance du Québec n’est pas une fin en soi, elle est un puissant moyen d’effectuer une rupture avec l’ordre établi et ramener l’agentivité politique où elle se doit d’être : dans les mains de la société civile.



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